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Perspectives nord-américaines pour 2026 : conflits mondiaux, inflation et incertitude minent la croissance
Précisions au sujet de l’auteur
Prince Owusu
Économiste principale, Centre d’information économique et politique
Dans cet article :
- États-Unis : Le conflit au Moyen-Orient, l’inflation et le coût du logement plombent la croissance et la demande.
- Canada : Malgré le soutien gouvernemental, l’économie pâtit des tensions persistantes sur le logement et l’abordabilité
- Mexique : L’atonie de l’investissement et l’incertitude liée aux politiques entravent l’essor économique
Les économies d’Amérique du Nord s’en sont sorties mieux que prévu en 2025 : la croissance a dépassé les prévisions et la récession a été évitée au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Malgré tout, l’élan a faibli à la fin de l’année alors que l’incertitude perturbait les projets de dépenses, des entreprises comme des ménages.
L’anxiété économique demeure élevée, et l’effet d’entraînement du conflit actuel au Moyen-Orient ajoute une couche d’incertitude avant la révision cet été de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Ce contexte assombrit les perspectives pour l’activité commerciale et l’investissement.
Ces perspectives ont été quelque peu embellies en février lorsque la Cour suprême des États-Unis a invalidé l’utilisation abusive des tarifs d’urgence par l’administration en place. Cependant, ce répit sera passager. Les représentants du gouvernement ont annoncé qu’il privilégiaient désormais des tarifs plus stables et ciblant les secteurs. Cette décision n’a pas levé l’incertitude planant sur la politique commerciale américaine.
Sur le continent, l’activité d’embauche se ralentit, et cette tendance se maintiendrait durant la première moitié de 2026 alors que les entreprises retardent leurs investissements majeurs et leurs décisions d’embauche jusqu’à la fin de la révision de l’ACEUM. L’incertitude marquée continue de peser sur les activités économiques en général.
Parallèlement, les tensions causées par les conflits sur les marchés de l’énergie et des produits de base devraient faire davantage grimper l’inflation. Les banques centrales d’Amérique du Nord devraient faire preuve de prudence en conciliant tensions grandissantes sur les prix et croissance en repli. Les coûts de la vie plus élevés mettront à nouveau à l’épreuve les ménages à faible revenu et agiront comme des freins à la consommation.
Ces risques se manifestent avec en toile de fond la dette élevée des ménages. Les taux hypothécaires élevés et la pénurie de logements continuent de limiter l’activité de construction au Canada et aux États-Unis. Résultat : pour bon nombre de ménages sur le continent, le logement devient inabordable et l’heure est à la prudence pour ce qui est des dépenses discrétionnaires.
Pour obtenir des conseils pratiques sur la gestion des risques à l’exportation dans un contexte d’incertitude, nous vous invitons à regarder le webinaire d’Exportation et développement Canada (EDC) intitulé Surmonter la volatilité des marchés en 2026, qui explore les façons de protéger votre trésorerie, de gérer les risques et de réduire votre dépendance au marché américain.
Le conflit au Moyen-Orient, l’inflation et le coût du logement plombent la demande et la croissance aux États-Unis
La croissance économique étatsunienne a brusquement fléchi au dernier trimestre de 2025, en partie en raison de la plus longue paralysie budgétaire de l’histoire du pays. Le marasme a pris fin, mais les effets plus généralisés engendrés par le conflit au Moyen-Orient et l’incertitude politique constante devraient réprimer la croissance.
Les préoccupations en matière d’abordabilité demeurent en tête de liste. Le ralentissement des embauches, la hausse modérée du chômage et la confiance en berne des consommateurs limiteront les dépenses discrétionnaires. L’abordabilité des logements reste l’une problématique de l’heure : le citoyen américain doit composer avec des taux hypothécaires élevés, l’envolée du prix des maisons et des loyers ainsi que le coût exorbitant des assurances et de l’électricité.
Mais ce n’est pas tout. Le conflit en Iran a aussi amplifié ces tensions. Ainsi, le taux sur 30 ans d’une hypothèque a bondi de plus de 30 points de base à la fin de mars, les prêteurs prenant en compte l’augmentation du risque d’inflation. Comme les coûts d’emprunt grimpent, certains ménages se tournent vers leurs cartes de crédit pour couvrir leurs dépenses (voir le tableau 1).
D’après nous, il est peu probable que les taux hypothécaires et les prix du logement reviennent aux niveaux prépandémiques. Les tarifs douaniers étatsuniens plus élevés, les droits compensateurs et les mesures antidumping visant le bois d’œuvre et les produits de bois canadiens – oscillant à l’heure entre 30 % et 50 % – ont fait bondir de milliers de dollars au prix des maisons aux États-Unis, une dynamique qui décourage encore plus les nouvelles constructions. Du reste, cette situation est compliquée par les pénuries de main-d’œuvre créées par l’application de politiques d’immigration plus stricte.
L’investissement des entreprises est inégal. L’incertitude entourant la politique commerciale et les changements réglementaires continuent d’entraver l’investissement commercial dans les projets non liés à l’intelligence artificielle (IA). Selon des estimations indépendantes, les projets d’énergie propre annulés en 2025 représentent près de 35 milliards de dollars; l’effet de ces annulations a touché quelque 38 000 emplois. À l’inverse, les projets d’IA et de centres de données s’accélèrent. En effet, de grandes sociétés technologiques telles Amazon, Alphabet, Microsoft, Meta et Oracle se sont engagées à injecter de 600 à 700 milliards de dollars américains sous forme de nouveaux investissements en 2026.
Il y a fort à parier que la Réserve fédérale (la Fed) jouera de prudence pendant la majeure partie de 2026 en raison de la volatilité des cours énergétiques. Compte tenu de la flambée du cours de l’or noir et du prix de l’essence depuis le début du conflit – 20 % du fret de pétrole brut mondial transite par le détroit d’Ormuz –, le risque d’inflation demeure élevé (voir le tableau 2). La Fed devrait maintenir ses taux pendant une grande partie de l’année. Elle pourrait revoir cette posture advenant une nette détérioration du marché du travail et une détente plus convaincante des tensions inflationnistes.
Le produit intérieur brut (PIB) devrait croître de 2,3 % en 2026, un taux semblable à celui de l’an dernier. Toutefois, les risques restent résolument orientés à la baisse en raison de l’incertitude géopolitique causée par le conflit au Moyen-Orient et l’introduction potentielle de nouveaux tarifs douaniers sectoriels que l’administration Trump souhaite mettre en place.
Pour en savoir plus sur la conjoncture économique, les tarifs douaniers et les risques politiques dans le plus grand marché d’exportation du Canada, nous vous invitons à consulter la page d’EDC sur le marché étatsunien. Vous y trouverez des analyses et des ressources d’intérêt conçues pour aider les exportateurs à composer avec l’incertitude.
Vous devriez également consulter
Les chocs énergétiques et les risques géopolitiques mettent la résilience à l’épreuve : leur incidence sur la croissance, le commerce et les exportateurs canadiens. Nos Perspectives économiques mondiales fournissent des informations utiles pour la planification commerciale.
Canada : malgré le soutien gouvernemental, l’économie pâtit des tensions persistantes sur le logement et l’abordabilité
L’économie canadienne a dû relever des défis de taille en 2025. L’an dernier, les tarifs douaniers étatsuniens et chinois ont frappé durement les exportateurs, et l’incertitude a pesé sur les dépenses de consommation. Malgré ces difficultés, notre économie s’est révélée résiliente, le PIB réel ayant crû de 1,7 %, ce qui nous a permis d’éviter une récession prédite par plusieurs.
L’élan s’est essoufflé au début de 2026 alors que l’incertitude persistante et les coûts d’emprunt et de la vie élevés grèvent les finances des entreprises et des ménages. Les prix élevés et les taux hypothécaires en hausse – en partie du fait des chocs énergétiques mondiaux provoqués par le conflit au Moyen-Orient – aggravent la problématique de l’abordabilité.
Le marché du travail canadien a ralenti la cadence, les pertes d’emplois dans les secteurs exposés aux tarifs douaniers ayant dépassé les gains réalisés par les autres secteurs (voir le tableau 3). La terne croissance du marché de l’emploi, conjuguée au prix élevé des maisons, continue de brider la construction résidentielle. Le fléchissement du secteur du logement s’accompagnera d’une modération des dépenses de consommation
Mexique : L’atonie de l’investissement et l’incertitude liée aux politiques entravent l’essor économique
L’économie mexicaine se stabilise après le creux constaté en 2025, mais sa croissance demeure modeste. Le PIB réel devrait gagner 1,7 % cette année, amélioration qui reste tout de même bien en deçà du potentiel économique du pays.
Les choix des politiques continuent de réprimer l’investissement privé. La plus forte emprise de l’État sur des secteurs comme l’énergie, l’électricité, la gestion de l’eau et les minéraux critiques – renforcée par des réformes constitutionnelles – affaiblit les contrôles institutionnels et émousse la confiance des investisseurs. Plusieurs projets d’investissement direct étranger qui avaient été annoncés ont été annulés ou retardés.
Bien que la majorité des exportations mexicaines aux États-Unis soient admissibles à l’exemption des tarifs douaniers en vertu de l’ACEUM, l’imposition de droits de douane sur les biens non conformes décourage les nouveaux investissements. La décision du constructeur Honda de transférer la production des modèles Civic hybrides du Mexique vers l’État américain de l’Indiana illustre les conséquences de l’application de tarifs douaniers sur les véhicules automobiles, l’acier et l’aluminium (rappelons que des tarifs de 15 % visent tous les véhicules et les pièces automobiles et que des tarifs de 50 % s’appliquent sur l’acier et l’aluminium entrant aux États-Unis). Le Mexique est particulièrement exposé puisque plus de 80 % des exportations du pays prennent la direction du marché américain.
Les entreprises et les consommateurs sont toujours gagnés par la morosité (voir le tableau 4). L’investissement limité a maintenu la création d’emploi à un bas niveau. Parallèlement, l’application des politiques américaines en matière d’immigration a réduit les envois de fonds et, dans la foulée, réduit le revenu des ménages.
La hausse des cours de l’énergie a fait grimper l’inflation. Cette envolée inflationniste a incité la Banque du Mexique à suspendre temporairement ses réductions de taux d’intérêt pendant la première moitié de 2026. Par la suite, la piètre tenue du marché de l’emploi et les prix élevés continueront de freiner les dépenses de consommation.
Selon nos prévisions, le peso faiblira à mesure que s’accroît l’aversion pour le risque et que l’écart des taux d’intérêt s’amenuise. Après le rebond du début d’année, la devise mexicaine retombera, face au dollar américain, à 18,52 pesos d’ici la fin de l’année pour un cours moyen de 18,97 pesos mexicains en 2027.
Comment EDC peut aider les exportateurs canadiens
EDC offre aux entreprises canadiennes un soutien concret – sous la forme de renseignements sur les marchés, de financements et de solutions de gestion des risques – afin de les aider à composer avec l’incertitude.
Voici comment nous pouvons vous aider :
- Renseignements sur le marché étatsunien : Accédez à de l’information d’intérêt à propos du climat des affaires aux États-Unis.
- Programme d’impact commercial d’EDC : Lancé en mars 2025 et faisant partie intégrante de l’enveloppe de 6,5 milliards de dollars du gouvernement du Canada, ce programme permettra d’octroyer 5 milliards de dollars supplémentaires jusqu’en mars 2027 pour faciliter les activités des entreprises admissibles.
- Centre aide-export : Communiquez avec les conseillers en commerce d’EDC pour en savoir davantage sur les stratégies de marché et les réglementations ainsi que profiter de conseils en matière de douanes.
- Programme de jumelage d’affaires : Faites la promotion de vos capacités d’exportation auprès d’acheteurs internationaux.
- Outils de gestion des risques : Explorez nos solutions financières et nos ressources, dont l’Analyse trimestrielle des risques pays.
Vous venez de découvrir EDC? Répondez à quelques questions pour savoir comment nous pouvons soutenir votre entreprise.
Vous êtes déjà un client d’EDC? Restez au fait des conditions du marché étatsunien ainsi que des différends commerciaux entre le Canada et les États-Unis en communiquant avec votre gestionnaire relationnel d’EDC ou en appelant au 1-800-229-0575.