Le risque relatif à la conversion de devise : gérer les hauts et les bas

Le taux de change entre les diverses devises constitue l’un des principaux risques encourus par les entreprises canadiennes lorsqu’elles vendent leurs produits ou services à l’étranger, mais plusieurs compagnies ne font rien pour contrer ce risque, convaincues que cela est hors de leur contrôle. Voici pourquoi cette attitude peut être coûteuse pour votre entreprise et comment, avec l’aide de votre banque et d’Exportation et développement Canada (EDC), vous pouvez gérer ce risque.

Le risque de change est l’un des plus lourds pour le secteur privé canadien. Pourtant, il est souvent passé sous silence. Les entreprises ont souvent pour coutume d’attendre un retournement favorable.

Le problème, comme je l’explique plus loin, est qu’il y a des coûts cachés à ne pas gérer votre taux de change, et ce, même si ce dernier évolue à votre avantage.

Pourquoi le taux de change est-il si important pour les entreprises qui exportent ?

Le taux de change est la valeur de la devise d’un pays dans celle d’un autre. Par exemple, actuellement :

  • 1,44 CAD équivaut à 1 USD.
  • 1,5 CAD équivaut à 1 EUR.
  • 1,8 CAD équivaut à 1 GBP.

La difficulté, lorsqu’on vend à l’international, c’est que le taux de change entre les devises fluctue constamment.

Imaginons que vous vendiez un équipement ou un service à un client en France pour 100 000 euros et lui accordiez un délai de 90 jours pour payer l’intégralité de la somme. Compte tenu du taux de change en vigueur à ce moment-là (1,5 CAD pour 1 EUR), vous vous attendez à recevoir 150 000 CAD à échéance.

Mais qu’arrive-t-il si, entre le moment de la vente et celui où vous recevez le paiement, la valeur de l’euro tombe à 1,40 CAD ? Vous ne recevrez alors que 140 000 CAD. On le voit, la fluctuation du taux de change peut réduire ou même complètement annihiler votre profit sur une vente. 

Bien sûr, il est tout aussi possible que l’euro s’apprécie durant cette période et qu’il passe à 1,60 CAD. Alors, vous augmenterez votre profit de 10 000 $! Il est donc tentant de ne rien faire, en se disant que vous serez parfois gagnant, parfois perdant, mais qu’au bout du compte, tout s’équilibrera.

Ignorer les risques inhérents au taux de change : les coûts cachés

De nombreux facteurs influent sur les taux de change d’un pays, notamment :

Mais ce sont tous là des éléments sur lesquels vous n’exercez aucun contrôle, et un taux de change peut varier à tout moment, et parfois de façon importante.

Ne pas gérer ce risque peut faire mal à votre entreprise, même si la fluctuation du taux de change tourne à votre avantage. En ne vous préoccupant pas de ces pertes ou de ces gains potentiels, votre entreprise évolue en permanence dans un environnement incertain. Pour les petites entreprises surtout, il est donc impossible de prévoir quels seront les profits sur chaque transaction ni de savoir quel sera le flux de trésorerie dont elles disposeront pour honorer le prochain contrat. Cette incertitude peut peser lourd et faire en sorte que votre compagnie soit moins concurrentielle et que sa croissance soit freinée parce que la faiblesse du flux de trésorerie empêchera l’entreprise de remplir des contrats ou de profiter de nouvelles occasions, sans oublier bien sûr le stress qui accompagne un tel niveau de risque.

Effet d’une baisse du dollar canadien sur les exportateurs

Depuis octobre 2024, la valeur du dollar canadien a chuté. Cela s’explique par différents facteurs, notamment les baisses de taux de la Banque du Canada, la morosité économique, la fluctuation du prix des produits de base et les possibles changements à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Certes, la faiblesse du dollar rend vos produits plus compétitifs auprès d’acheteurs étrangers, mais il faut garder certains risques à l’esprit :

  • Renchérissement des importations : Si vous devez importer des matériaux ou des composants, vos coûts vont s’envoler et rogner vos marges.
  • Stratégies de prix complexes : La révision fréquente de vos prix peut peser sur vos relations client.
  • Coût de la dette : Le service d’une dette libellée dans une autre devise devient plus lourd.
  • Gestion des flux de trésorerie : Avec les fluctuations des taux de change, il devient plus difficile de prévoir les flux de trésorerie, ce qui est susceptible d’avoir des répercussions sur l’exploitation.
  • Exacerbation de la concurrence : D’autres pays peuvent dévaluer leur monnaie, déclenchant ainsi une course à l’abîme.

Un dollar canadien obstinément faible peut témoigner de problèmes économiques importants, avec à la clé une perte de confiance des investisseurs et moins d’occasions de croître.

Couverture du taux de change

Cela consiste à se créer un filet de protection financier. Les outils de couverture mettent votre entreprise à l’abri des fluctuations des taux de change.

Reprenons notre exemple précédent d’une vente de 100 000 euros à un client français : Si votre couverture du risque de change verrouille contractuellement le taux de change à 1,5 CAD  pour 1 EUR pendant 90 jours, vous savez exactement ce que vous allez recevoir, quelles que soient les variations du taux de change.

Vous pouvez ainsi anticiper avec précision vos flux de trésorerie et vos profits, et protéger votre entreprise contre tout mouvement défavorable sur les marchés de devises. Vos prix sont aussi plus stables, ce qui renforce la confiance de vos clients.

Néanmoins, il y a un revers de la médaille : Les outils de couverture sont parfois complexes et il vous faut donc des connaissances élémentaires des instruments financiers et de la conjoncture du marché afin de décider du bon moment pour acquérir une telle couverture de façon à profiter de tous ses avantages. En outre, vous devrez parfois vous acquitter de commissions ou de primes.

Gestion du risque avec des garanties de change

Les garanties de change sont le moyen le plus simple et le plus économique de couvrir le risque de change. Les banques canadiennes en proposent trois types. Les instruments dérivés, tels que les contrats à terme standardisés et les options, sont des outils plus complexes de couverture contre les aléas du change. Nous y reviendrons; penchons-nous d’abord sur les garanties de change les plus courantes : les taux au comptant et les contrats à terme de gré à gré.

Taux au comptant

Il s’agit de fixer la valeur d’une devise « à un moment précis ». Le taux de change fluctue avant que le client vous paie ? Qu’importe, vous saurez exactement combien vous rapportera une vente et pourrez donc vous préparer en conséquence. N’hésitez pas à négocier le taux de change de votre banque.

Contrat à terme de gré à gré

Il fixe un taux de change (qui peut être différent du taux du moment) pour une transaction à une date future. Cela peut être un choix judicieux si les deux devises risquent de fluctuer. À la date convenue, la banque doit vous acheter les devises et vous devez les lui remettre. Cela ajoute un risque supplémentaire : En effet, si votre client paie en retard, voire vous fait faux bond, cela ne vous libère pas de votre obligation envers la banque et vous risquez de payer une pénalité si vous ne lui livrez pas les devises à temps.

Contrats à terme standardisés et options pour couvrir les risques de change

Ces deux options sont très pratiques pour stabiliser un taux de change. Néanmoins, s’il vous faut plus de souplesse ou des solutions à long terme, les contrats de change à terme et les options peuvent vous intéresser.

Contrats à terme standardisés

Avec ce type de contrat, vous vous engagez à acheter ou vendre un montant donné dans une autre devise à un taux établi à une date spécifique. Échangés sur des marchés, ces contrats sont transparents et faciles à acheter ou vendre. Certes, vous avez moins de marge de manœuvre, mais vous éliminez les risques. C’est la solution idéale pour les entreprises qui manient régulièrement de gros montants en devises et ont besoin de garantir leurs prix, ou qui ont des contrats portant sur de gros volumes et ont donc besoin de stabilité.

Options

Il s’agit d’un contrat financier complexe qui donne à l’acheteur le droit, mais pas l’obligation, d’échanger des devises à un certain taux de change à une date donnée. Vous disposez ainsi d’un filet de sécurité, que vous pouvez choisir de ne pas utiliser si le taux de change évolue dans votre sens. Il vous faut acquitter une commission en amont, mais l’option offre de la souplesse et vous protège sur des marchés très volatils. C’est une couverture contre les risques sans renoncer aux gains potentiels.

EDC et la gestion du risque de change

Pour proposer des garanties de change, les banques exigent un nantissement. Dans le cas des principales devises, il s’agit généralement de 10 % du volume de vos contrats. Par exemple, si vous avez 50 millions de contrats à terme, vous devez en verser 5 millions dans un compte de votre institution financière à titre de garantie. Autrement dit, cette somme est bloquée alors qu’elle pourrait servir à nouer des contrats ou faire croître votre entreprise.

EDC propose des solutions. Nous pouvons offrir une Garantie de facilité de change (GFC) à votre banque à la place pour que vous bénéficiez d’une couverture du change sans engager vos liquidités. Vous pouvez ainsi :

  • protéger vos marges;
  • améliorer la gestion de vos flux de trésorerie;
  • renforcer votre capacité d’emprunt;
  • accéder à des outils de gestion du change de pointe.

EDC peut couvrir la totalité des exigences de nantissement ou de marge de l’institution financière pour vous laisser la possibilité de croître en toute tranquillité.

Exemples d’une gestion réussie de la volatilité des taux de change

  • Acadian Seaplants Limited est une société biotechnologique qui a débuté dans la récolte d’algues à petite échelle en Nouvelle-Écosse. Désormais, c’est le plus grand fabricant de produits à base d’algues marines en son genre au monde. Grâce à la GFC, elle libère du fonds de roulement, afin de conquérir de nouveaux marchés.
  • Averna est une société technologique de Montréal qui conçoit les solutions de mise à l’essai innovantes pour différents secteurs. La conception et les tests ont lieu tout au long de cycle de vie des produits, ce qui entraîne un long délai entre la commande et le paiement. La GFC d’EDC les protège contre les fluctuations des taux de change.
  • ECBVerdyol, entreprise du Manitoba, fabrique des produits qui favorisent la croissance de la végétation fraîchement semée, et contrôle l’érosion et les sédiments sur des chantiers. Ils se servent de la couverture naturelle pour la moitié de leurs opérations de change et se protègent contre les fluctuations du marché des devises grâce à la GFC d’EDC.

En savoir plus l’utilisation de la GFC par chacune de ces entreprises pour maîtriser le risque de change, libérer du fonds de roulement et se développer à l’international.

Mise en place d’une politique de change

La compréhension du risque de change constitue une première étape essentielle pour mettre en place une politique adaptée à votre entreprise. Pour créer une stratégie de couverture du change en fonction de vos besoins, téléchargez le guide Comment améliorer sa stratégie de couverture de change.

En adoptant une gestion proactive des risques de change, non seulement vous protégez vos profits, mais, en outre, vous optez pour la stabilité et vous vous donnez la possibilité de croître sur les marchés internationaux.