« Notre tempérament, c’est une douce fureur » (We are a gentle, angry people) déclare le célèbre compositeur mexicain Enrique Dunn dans sa chanson Stronger Together. Ce titre, qui nous rappelle que l’unité, la résilience et la force collective sont  essentielles pour surmonter les difficultés et atteindre des objectifs communs, livre un message très actuel sur la situation dans laquelle se trouvent le Canada et le Mexique.

Depuis 1944, nos deux pays  sont des alliés fidèles  et de bons amis. En 1994, après la signature de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), ils sont devenus des partenaires stratégiques. Leur relation dynamique et multidimensionnelle se caractérise par d’étroites relations interpersonnelles, des liens culturels riches ainsi que des flux commerciaux et d’investissement en croissance.

Composer avec les défis posés par l’ACEUM et le protectionnisme mondial

Près de cinq ans après l’entrée en vigueur de la nouvelle mouture de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), nous devons surmonter des difficultés communes érigées par notre partenaire américain signataire de l’accord. Déjà ébranlé par l’imposition de droits de douane de 25 % à l’encontre du Canada et du Mexique, le commerce sera fortement pénalisé par l’application de tarifs sur l’acier et l’aluminium par l’administration américaine. À l’aube de la révision de l’ACEUM dans un climat marqué par un regain du protectionnisme à l’échelle du globe, le Mexique et le Canada doivent dès maintenant réaffirmer leur volonté de renforcer leurs échanges commerciaux et leurs investissements bilatéraux.

Vu la taille relative des économies de nos deux pays, les États-Unis se sont imposés comme le principal pôle commercial de ce trio, les échanges entre les Canada et le Mexique étant historiquement relégué au second rang. À cet égard, il est utile de se pencher sur la part du commerce bilatéral de marchandises entre le Canada et ses deux partenaires nord-américains : elle s’établit à environ 70 % avec les États-Unis et à tout juste 3 % avec  le Mexique. Dans le cas du commerce mexico-américain, cette proportion oscille autour des 60 %.

Intensifier le commerce et l’investissement canado-mexicain

Si l’on tient compte des avantages logistiques que procurent notre proximité géographique et les retombées positives de notre accord de libre-échange – qui fait figure d’exemple de coopération régionale et de libéralisation du commerce sur la scène internationale –, le Mexique et le Canada peuvent déployer plus d’efforts pour intensifier leurs activités visant le commerce de marchandises. Ces efforts peuvent porter sur plusieurs produits, notamment les importations mexicaines en provenance de la Chine. Là, le Canada pourrait facilement prendre le relais, et vice versa. Des 114 milliards de dollars américains de produits que le Mexique importe de la Chine, le Canada exporte vers le marché chinois pour environ 4,8 milliards de dollars américains en produits comparables, y compris des automobiles et des pièces automobiles.

La filière automobile est un contributeur de premier plan au commerce canado-mexicain puisque le Mexique se hisse au deuxième rang des plus importants marchés d’exportation du secteur automobile du Canada (après les États-Unis). Par ailleurs, les pièces et les accessoires de véhicules motorisés et les véhicules pour le transport des passagers sont les deuxièmes produits en importance exportés par le Canada vers le Mexique; ils représentent ensemble 20 % de la part des exportations totales de marchandises du Canada vers ce pays.

Et la demande s’exprime de part et d’autre. Au Canada, les véhicules motorisés et de transport des passagers, les véhicules de transport pour le fret,  les pièces et accessoires pour les véhicules motorisés de même que certains types de tracteurs comptent parmi les cinq principaux produits importés du Mexique, ce qui représente 37 % des importations totales de marchandises du Canada auprès de ce partenaire commercial.

Créer des occasions d’investissement au Mexique à l’intention des entreprises canadiennes

Au-delà de la sphère commerciale, le Mexique pourrait aussi profiter des investissements, des compétences et des transferts technologiques du Canada dans les secteurs des mines, de l’énergie, dans l’infrastructure, des produits pharmaceutiques, de l’aéronautique et des produits chimiques. La contribution canadienne pourrait générer d’immenses retombées pour le Mexique où les faibles entrées d’investissement direct étranger ont assombri le potentiel économique. Et pour cause : le produit intérieur brut (PIB) réel du Mexique est environ de 5,5 % inférieur au niveau escompté si la croissance économique avait progressé à la même cadence que lors des réformes de libéralisations économiques engagées par l’ancien président Enrique Peña Nietos. 

Selon les estimations du comité des activités minières de la Chambre de commerce du Canada au Mexique, des investissements à hauteur d’environ 3,5 milliards de dollars américains relatifs à des projets miniers canadiens au Mexique restent sur la touche en raison de contraintes réglementaires. Voilà assurément de riches débouchés pour l’économie mexicaine.

Le Canada est déjà le troisième pays pour ce qui est de l’investissement direct étranger à destination du Mexique. Le fait d’intensifier notre coopération pourrait aider le Mexique à accéder aux investissements nécessaires pour réaliser le Plan México de la présidente Claudia Sheinbaum.

Il s’agit du programme économique ambitieux porté par le gouvernement pour faire passer l’économie du Mexique du 12e au 10rang du palmarès des grandes économies de la planète, le tout en tablant sur la création de 1,5 million d’emplois d’ici 2030. Plan México vise aussi un double objectif : le premier, réduire la dépendance du Mexique aux importations chinoises et d’autres pays d’Asie; le second, dynamiser la production nationale et nord-américaine.

Conclusion : il est vital d’accroître l’intégration des économies canadienne et mexicaine

La montée du protectionnisme mondial et l’imprévisibilité accrue entourant le commerce nord-américain offrent au Canada et au Mexique une occasion historique de rehausser leur coopération stratégique et d’accroître leur intégration économique d’une manière qui soit profitable pour les deux pays.

Chose certaine, le Canada peut aider à concrétiser le Plan México de diverses façons : en augmentant le commerce bilatéral, en faisant appel à l’investissement direct étranger et en facilitant le transfert des compétences et des technologies, autant de moyens de stimuler la production dans des secteurs clés. Si le Mexique réussit son pari, le Canada fera de même. Bonifier le commerce bilatéral et les investissements pourrait en outre ouvrir des débouchés nouveaux et inexplorés pour les exportateurs et les investisseurs canadiens. Exportation et développement Canada (EDC), bien présente dans la région grâce à ses bureaux à Mexico et à Monterrey, est disposée à soutenir les entreprises canadiennes cherchant à intensifier leurs activités commerciales et d’investissement sur le marché mexicain. Après tout… Seamos más fuertes juntos!

Nous tenons à remercier chaleureusement Prince Owusu, économiste principal aux Services économiques d’EDC, pour sa contribution à la présente chronique. N’oubliez pas que votre avis est très important pour les Services économiques d’EDC.

Si vous avez des idées de sujets à nous proposer, n’hésitez pas à nous les communiquer à l’adresse economics@edc.ca et nous ferons de notre mieux pour les traiter dans une édition future.