C’est indéniable : nous traversons une période d’incertitude. En effet, l’indice d’incertitude relatif aux politiques (le Policy Uncertainty Index), qui recense le nombre de références à la notion d’incertitude dans les principaux journaux du Canada, a atteint des sommets inédits depuis sa création il y a 40 ans.

Le consensus néolibéral trouvé au début du 21siècle – axé sur l’émergence de sociétés ouvertes, le libre marché ainsi que l’intégration et la coopération internationales – est mis à rude épreuve. L’épisode qui a suivi la crise financière mondiale de 2008 a semé le doute sur les promesses de la croissance et de la prospérité pour tous de la mondialisation. Pour ne rien arranger, la crise de la COVID-19 a  accentué les disparités : les ménages les plus aisés se sont enrichis tandis que les moins bien nantis ont vu leurs économies de la pandémie s’évaporer et leur endettement s’alourdir.

Cette dichotomie insuffle un élan au populisme si bien que la croissance économique est perçue comme  un « jeu à somme nulle » faisant de grands gagnants et de grands perdants. Ce contexte favorise un penchant pour le « chacun pour soi  » sur le front des politiques et le nivellement vers le bas, ce qui entrave la coopération à l’égard d’enjeux déterminants comme  les changements climatiques, les technologies disruptives, la sécurité nationale, la réponse à la crise mondiale des réfugiés et le commerce international.

Stratégies de diversification dans une conjoncture incertaine

Les exportateurs canadiens ont montré leur aptitude à gérer les soubresauts qui accompagnent les cycles économiques, mais composer avec l’incertitude pourrait se révéler un défi plus complexe. Quelles mesures les exportateurs canadiens peuvent-ils prendre en ces temps marqués par une incertitude sans précédent? Tout gestionnaire de portefeuille averti leur donnerait le conseil suivant : diversifiez-vous.

Nous avons la chance d’être à proximité du plus grand marché de la planète, avec qui nous partageons des réseaux de transport intégrés, une culture des affaires,  une réglementation compatible et des liens étroits avec les acteurs commerciaux. Il n’est donc pas étonnant que 77 % de nos exportations de biens et 51 % de nos exportations de services prennent la direction des États-Unis. En 2023, parmi les quelque 49 000 exportateurs de marchandises du Canada, pas moins de 41 482 exportaient aux États-Unis.

En observant notre monde rempli d’incertitude, ce même gestionnaire de portefeuille vous dirait qu’il serait mal avisé de concentrer les trois quarts de votre portefeuille dans un seul et même actif. Obligés de repenser leur stratégie, les exportateurs canadiens se demandent vers quels marchés se tourner pour réduire les risques et pérenniser leur croissance… Les modèles du commerce international – utilisés pour prédire les flux du commerce bilatéral en fonction de la taille des économies et de la distance entre les pays – mettent en lumière des marchés à fort potentiel pour les entreprises canadiennes.

Des marchés d’exportation très porteurs pour les entreprises canadiennes

Parmi les marchés habituels pour le commerce extérieur du Canada, l’Europe offre bon nombre de débouchés. À vrai dire, 18 des 50 marchés recélant le plus riche potentiel pour les exportations canadiennes durant la seconde partie de la décennie se trouvent en Europe. Ensemble, ces 18 marchés représentent pour les exportations canadiennes de marchandises un potentiel frôlant les 85 milliards de dollars d’ici 2029, ce qui équivaut à un bond de près de 50 % du potentiel d’exportation par rapport aux niveaux moyens des exportations de biens du Canada entre 2018 et 2023. Cette liste englobe des marchés européens familiers généralement prisés par les exportations canadiennes comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, mais aussi la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne, l’Irlande et la Turquie.

Au moment d’évaluer la répartition de son portefeuille, il est toujours recommandé de tenir compte, en plus du volet de mise en valeur, des tendances touchant l’évolution démographique, l’accumulation de la richesse, l’urbanisation, les perturbations technologiques de même que la disponibilité des actifs fonciers, de la main-d’œuvre et des capitaux.


La région de l’Indo-Pacifique, par exemple, abrite les économies parmi les plus dynamiques du globe. Fait à noter, 13 des 50 principaux marchés d’exportation potentiels du Canada se trouvent dans cette région, ce qui constitue pour le secteur des exportations de biens un potentiel de plus de 83 milliards de dollars à l’horizon 2029. De quels marchés s’agit-il? De l’Australie, de la Chine, de l’Inde, du Japon, de Singapour et de la Corée du Sud, mais aussi de marchés en rapide croissance et dynamiques comme le Vietnam, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et la Malaisie.

Ces cinq dernières années, les taux de croissance actuelle dans bon nombre de ces marchés ont, et de loin, éclipsé la croissance observée chez des partenaires commerciaux traditionnels, et on prévoit que ces marchés maintiendront le cap à cette rapide cadence jusqu’à la fin de la présente décennie. Autre élément encore plus important : les importations de biens de ces marchés suivront une progression soutenue de sorte qu’elles afficheront un taux de croissance annuelle composée de 5 % jusqu’en 2029. Cet argument à lui seul devrait convaincre les exportateurs canadiens de biens de placer l’Indo Pacifique en tête de leur liste de marchés cibles.

Cela étant, les marchés d’autres régions sont aussi particulièrement porteurs. Nous pensons ici au Brésil, au Chili, à l’Argentine, au Panama et à la Colombie qui, ensemble, recèlent un potentiel avoisinant les 12 milliards de dollars pour les exportateurs canadiennes de biens d’ici 2029. De la même façon, lorsque réunis, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud et les Émirats arabes unis présentent un potentiel de près de 6 milliards de dollars pour le secteur des exportations de biens. Voilà autant de marchés que les exportateurs canadiens devraient avoir dans leur ligne de mire.

Conclusion

Les bouleversements géopolitiques et le nouvel ordre mercantiliste mondial bousculent le commerce international et accentuent de ce fait l’incertitude. Face à cette conjoncture, les exportateurs canadiens doivent revoir la diversification de leur portefeuille pour réduire leur exposition. EDC est prête à soutenir les entreprises canadiennes en quête de croissance en ces temps incertains. Que ce soit en intensifiant notre présence dans la région de l’Indo-Pacifique ou en offrant un éventail de produits financiers et consultatifs, nous assumons plus de risques  afin que le Canada puisse donner la priorité à la croissance.

 N’oubliez pas que votre avis est très important pour les Services économiques d’EDC. Si vous avez des idées de sujets à nous proposer, n’hésitez pas à nous les communiquer à l’adresse economics@edc.ca, et nous ferons de notre mieux pour les traiter dans une édition future.