L’incidence des tarifs de la Chine sur nos exportations de canola
Précisions au sujet de l’auteur
Prince Owusu
Économiste principale, Centre d’information économique et politique
Dans cet article :
Le secteur agricole canadien est depuis longtemps exposé aux barrières tarifaires et non tarifaires, mais les enjeux géopolitiques liés aux tarifs douaniers chinois de 2025 ont mis cette vulnérabilité en évidence. Après plusieurs années d’apaisement des tensions commerciales bilatérales, les tarifs douaniers et les droits antidumping de portée générale perturbent encore une fois les exportations vers le troisième partenaire commercial du Canada, frappant ainsi les volumes, les prix et l’entreposage agricole dans les Prairies. Les exportations canadiennes de marchandises vers la Chine ont totalisé 34,9 milliards de dollars en 2025, tandis que les échanges bilatéraux ont atteint 114 milliards de dollars, ce qui souligne l’ampleur de la relation et des enjeux.
Le Canada est le premier producteur et exportateur de canola au monde (aussi connu sous le nom de colza). Le canola est utilisé pour fabriquer des huiles de cuisson, de la nourriture pour animaux, des biocarburants, des lubrifiants, des détergents et des cosmétiques. Il s’agit d’une culture commerciale importante pour les agriculteurs canadiens. Historiquement, les États-Unis et la Chine ont été les deux plus importants marchés d’exportation pour les produits canadiens du canola, y compris les graines, les huiles et les tourteaux.
Le tourteau de canola est un sous-produit riche en protéines créé en broyant les graines de canola pour en extraire l’huile. Il est principalement utilisé comme aliment économique et de grande qualité pour les vaches laitières, la volaille, les porcs et les poissons.
Chaque année, le Canada exporte plus de six millions de tonnes de produits du canola aux États-Unis et plus de quatre millions de tonnes en Chine. Ces exportations fournissent environ 30 % de la capacité de concassage du canola de la Chine, qui totalise environ 15 millions de tonnes.
Au cours des dix dernières années, les tensions géopolitiques ont perturbé le commerce international, y compris les exportations canadiennes. En 2019, les exportations canadiennes de canola vers la Chine ont été considérablement touchées lorsque ce pays a suspendu les licences d’exportation de deux grands exportateurs canadiens, invoquant des préoccupations sanitaires.
Cette suspension a entraîné une forte contraction des exportations canadiennes de canola vers la Chine, un excédent de stocks et une pression à la baisse sur les prix. Le volume des importations chinoises en provenance du Canada a chuté à la moitié du total de l’année précédente en 2019 (voir la figure 1). Alors que les exportations du Canada en Chine s’effondraient en 2019, ses exportations vers les États-Unis et le reste du monde ont fortement augmenté, contribuant à amortir le choc.
Dans l’ensemble, le volume des exportations canadiennes de canola a décru de 11 % en 2019, et le prix de référence du canola de la Saskatchewan a fléchi de près de 10 %. La pandémie de COVID-19 et les bouleversements des chaînes d’approvisionnement, tout comme les défis diplomatiques continus entre les deux pays, ont durement touché les exportations de canola. Mais en 2023, les volumes ont commencé à se redresser.
À mesure que les exportations commençaient à se normaliser en 2023, les perspectives sont devenues plus positives pour les producteurs de canola canadiens. Le volume de produits de canola exportés vers la Chine a atteint 7,9 millions de tonnes métriques en 2024, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré (voir la figure 2). Mais encore une fois, les préoccupations géopolitiques ont perturbé les progrès.
En octobre 2024, le gouvernement canadien a imposé des tarifs douaniers de 100 % sur les importations de véhicules électriques (VE) chinois afin de se conformer aux mesures prises par l’administration de l’ancien président étatsunien, Joe Biden. Cinq mois plus tard, le 20 mars 2025, le gouvernement chinois a réagi en appliquant des tarifs de 100 % sur les huiles de canola, les tourteaux de canola et les pois canadiens, ainsi qu’un tarif de 25 % sur le porc et les produits de la mer. Après un réexamen, la Chine a ajouté un tarif antidumping additionnel de 75,8 % sur les graines de canola canadiennes le 14 août 2025, ce qui a eu une incidence considérable sur nos exportations de canola vers ce pays.
Après l’annonce des tarifs, le prix de référence du canola de la Saskatchewan a glissé de près de 9 %. Parallèlement, l’incertitude entourant la politique étatsunienne en matière de biocarburants, de même que les nouvelles obligations d’approvisionnement en matières premières pour le diesel renouvelable, ont réduit la demande d’exportation.
Cette incertitude a également changé le comportement des acheteurs étatsuniens. Beaucoup ont commencé à chercher des substituts au canola, comme le soya, qui était largement disponible en raison des représailles parallèles de la Chine contre les États-Unis.
Les tarifs imposés par la Chine sur le canola canadien en 2025 étaient plus substantiels que ceux de 2019. Ils ont entraîné une baisse beaucoup plus importante des exportations canadiennes de canola vers la Chine (voir la figure 2).
À vous de jouer : comment les exportateurs de canola d’ici se sont adaptés
En réponse aux tarifs douaniers de la Chine et aux défis du marché étatsunien, les exportateurs canadiens ont augmenté leurs expéditions vers d’autres marchés (voir les données sur le reste du monde dans à la figure 1), notamment l’Europe, le Japon et des marchés émergents d’Asie. Alors que le volume des exportations de canola vers la Chine et les États-Unis a diminué de 62 % et de 9 % respectivement en 2025, les exportations de canola vers le reste du monde ont bondi (lien en anglais seulement) de près de 161 %. Toutefois, l’augmentation notable a commencé à partir d’une base relativement faible et n’a pas suffi à compenser complètement les pertes sur les marchés chinois et étatsunien. Ainsi, le volume total des exportations en 2025 s’est contracté de 7,4 %.
Pendant ce temps, la Chine a augmenté ses achats auprès d’autres fournisseurs comme l’Australie et l’Inde. Toutefois, ces fournisseurs n’ont pas entièrement remplacé les volumes canadiens. Par conséquent, les importations chinoises de produits de canola en 2025 ont baissé à près de 50 %. Parallèlement, une récolte abondante en 2025 pour les producteurs canadiens de canola et des tarifs douaniers limitant les flux d’exportation ont mis à rude épreuve la capacité de stockage.
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Le voyage du premier ministre canadien Mark Carney en Chine au début de 2026 a été une occasion pour le Canada et la Chine de former un nouveau partenariat stratégique et de rétablir les relations commerciales. Au cours de la visite, les pays ont conclu une entente selon laquelle le Canada ajusterait les tarifs douaniers sur les VE chinois et la Chine réduirait les barrières nuisant aux exportations agricoles canadiennes. Le 1er mars 2026, la Chine a réduit les tarifs sur les graines de canola canadiennes à un taux combiné d’environ 15 % et s’est engagée à exempter le tourteau de canola, les homards, les crabes et les pois canadiens des droits anti-discrimination en 2026.
Selon Jay Albers, directeur du commerce mondial à Exportation et développement Canada (EDC), le secteur dispose à présent de bases plus solides pour tirer son épingle du jeu lorsque les conditions s’amélioreront.
« Même après une année instable, les exportateurs qui se sont adaptés après 2019 – en diversifiant leurs marchés et en misant sur une plus grande valeur ajoutée au Canada – sont mieux placés pour réagir à mesure que les barrières commerciales s’assouplissent. Cette résilience devient un avantage concurrentiel », explique M. Albers.
Outre l’amélioration des relations avec la Chine, les changements apportés aux politiques étatsuniennes sur les biocarburants présentent également des débouchés pour le Canada. Le One Big Beautiful Bill Act, qui décrit le plan sur la fiscalité et les dépenses du président étatsunien Donald Trump, comprend des changements apportés aux crédits d’impôt des États-Unis sur les carburants propres qui rétabliraient l’admissibilité des producteurs canadiens et supprimeraient les pénalités liées au carbone. Si le plan est finalisé, les crédits s’appliqueront jusqu’en 2029, et rétroactivement à partir du 1er janvier 2025.
Les règles actualisées rouvriraient également le marché étatsunien du biodiesel et du diesel renouvelable aux matières premières provenant de l’extérieur des États-Unis, tout en exigeant que les matières premières admissibles soient cultivées ou produites en Amérique du Nord. Cela inclut explicitement le canola canadien et exclut les solutions de rechange à l’étranger comme l’huile de cuisson usagée importée et le suif.
Dans l’ensemble, le changement de politique devrait améliorer les perspectives à moyen terme et accroître la demande de canola, de soya et de maïs canadiens.
Points à retenir
- En 2025, les tarifs douaniers élevés et les droits antidumping de la Chine ont fortement réduit les exportations canadiennes de canola et ont entraîné une baisse des prix de près de 9 %.
- En réaction, les exportateurs canadiens de canola ont réacheminé leurs expéditions en Europe, au Japon et dans des marchés émergents d’Asie. Les exportations vers la Chine et les États-Unis ont grandement diminué, mais les volumes envoyés vers d’autres destinations ont bondi de près de 161 %. Cette hausse n’a toutefois pas suffi à compenser entièrement les ventes perdues, l’année 2025 se soldant par une baisse de 7,4 % du volume total des exportations.
- Un accord de partenariat stratégique conclu au début de 2026 entre le Canada et la Chine contribuera à résoudre les enjeux commerciaux et à améliorer l’accès au marché pour le canola canadien. La mise à jour d’une politique étatsunienne sur les biocarburants, de même que le renouvellement du crédit d’impôt sur les carburants propres faits à partir de matières premières nord-américaines viendront accroître les débouchés commerciaux du canola.
L’incertitude à l’égard des tarifs douaniers et des politiques commerciales a exposé à maintes reprises la vulnérabilité du secteur canadien du canola aux chocs géopolitiques, freinant les prix et mettant à rude épreuve l’entreposage agricole. Cependant, la diversification accélérée des marchés et la demande mondiale croissante ont limité les effets négatifs.
Grâce à l’accord Canada-Chine en place et à l’expansion vers d’autres marchés, les producteurs canadiens amorcent la saison 2026 avec un optimisme prudent et un objectif plus clair : renforcer la résilience à long terme au sein d’un environnement commercial mondial de plus en plus politisé.
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Présentes à Shanghai et à Beijing, nos équipes sur place fournissent des renseignements sur les pratiques d’affaires locales, des connaissances sectorielles, des renseignements sur les marchés ainsi que des contacts pour aider les exportateurs canadiens, notamment les producteurs agroalimentaires, à se tailler une place sur le marché chinois.
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