Technos propres : des débouchés pour les exportateurs canadiens en 2026
Précisions au sujet de l’auteur
Sophie Dumoulin
Directrice, Équipe des technologies propres
Dans cet article:
- Quelles sont les principales tendances dans le secteur des technologies propres en 2026?
- Les secteurs émergents des technologies propres à l’échelle mondiale
- Les risques dont il faut tenir compte pour profiter des débouchés mondiaux en technologies propres
- Comment EDC aide les exportateurs de technologies propres à réussir
En octobre dernier, lors de l’édition de 2025 du Sommet sur l’exportation des technologies propres d’EDC, les chefs de file de l’industrie ont cerné quatre tendances qui façonnent les marchés des technologies propres en 2026 : la diversification des marchés au-delà des États-Unis, la convergence de la sécurité énergétique et de la décarbonation, les innovations en matière d’intelligence artificielle (IA) ainsi que les nouvelles dynamiques de financement.
Ces constats reflètent les tendances mondiales en matière de technologies propres pour 2026, notamment la hausse des investissements dans les énergies propres à l’échelle mondiale, qui ont grimpé à près de 2 000 milliards de dollars américains en 2024, tandis que le coût des énergies renouvelables continue de baisser (le solaire et l’éolien étant maintenant 41 % et 53 % moins cher, respectivement, que les options utilisant les énergies fossiles), selon le rapport 2025 d’EDC sur les technologies propres.
Cet article s’appuie sur les enseignements tirés du Sommet pour explorer ces tendances clés et ce qu’elles signifient pour les exportateurs canadiens en 2026 et par la suite.
Ces quatre tendances mettent en évidence la façon dont les marchés mondiaux des technologies propres évoluent et ce que cela signifie pour les exportateurs.
1. Pourquoi la diversification des marchés à l’échelle mondiale est-elle essentielle pour les exportateurs?
La demande mondiale pour les technologies propres est en croissance, mais les exportations canadiennes dans ce secteur dépendent encore fortement des États-Unis. L’expansion vers des marchés prometteurs en Europe, dans la région indo-pacifique et dans les Amériques crée des possibilités de croissance durable et de diversification des revenus.
Les grandes villes du monde et les gouvernements régionaux sont également des moteurs majeurs pour l’adoption des technologies propres. David Miller, directeur général du C40 Centre (un groupe de réflexion aidant les villes à façonner la politique urbaine sur les changements climatiques) et ancien maire de Toronto, affirme que les villes consomment près de 75 % de l’énergie mondiale, produisent la plupart des émissions de gaz à effet de serre et génèrent plus de 80 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Les réseaux urbains, comme C40 (qui comprend près d’une centaine de grandes villes dans le monde entier), militent pour l’adoption de budgets affectés aux changements climatiques, de codes de construction plus stricts et de l’électrification du transport en commun.
« Si nous prenons les meilleures idées qui sont mises en œuvre quelque part et les appliquons partout, le monde pourra se remettre sur la voie de la lutte contre les changements climatiques », soutient M. Miller.
Pour réussir dans de nouvelles régions, les exportateurs doivent, très tôt, faire leurs devoirs pour se renseigner sur la réglementation locale et les politiques climatiques, de même qu’établir des relations avec des acheteurs, des distributeurs et les organismes gouvernementaux bien avant l’entrée sur le marché, dit-il.
Actuellement, 77 % des exportations canadiennes de technologies propres vont aux États-Unis. Pour de nombreuses raisons, comme la proximité, la taille du marché et l’intégration des chaînes d’approvisionnement et de l’infrastructure de soutien, ce pays demeurera notre marché principal. Mais nous devons commencer à penser à ajouter des marchés à cette équation, et ne plus seulement nous en tenir aux États-Unis.
Quelles régions du monde offrent les meilleurs débouchés pour les technologies propres canadiennes?
Bien que les États-Unis soient une destination privilégiée pour les technologies propres, il existe d’autres endroits à fort potentiel de croissance.
L’accélération du virage carboneutre et les préoccupations en matière de sécurité énergétique de l’Europe créent de la demande pour l’électrification, l’élimination des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA) nocives ainsi que des réseaux efficaces.
Débouchés pour les exportateurs
- Production décentralisée d’énergie renouvelable
- Technologies de détection et de destruction des SPFA
- Logiciels et matériel informatique pour la fiabilité et l’efficacité des réseaux électriques
Des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France investissent dans l’énergie propre et le traitement de l’eau potable et des eaux usées. Découvrez des informations plus détaillées, notamment :
- Informations sur le marché allemand
- Opportunités d’exportation au Royaume-Uni
- Le secteur français des technologies propres à forte croissance
Accédez à davantage de renseignements sur le marché européen.
Michael Gryseels, fondateur et associé directeur d’Antares Ventures, une société de capital-risque axée sur les projets de développement durable, déclare : « La planète a investi 2 000 milliards de dollars américains dans les énergies renouvelables l’an dernier, mais la moitié de cette somme a été déboursée en Asie et cette tendance ne cesse de s’accroître. »
La demande est en hausse pour les énergies propres, les solutions de traitement de l’eau et les réseaux électriques plus robustes.
Débouchés pour les exportateurs
- Technologies favorisant la résilience des réseaux, notamment des outils avancés de stockage et d’optimisation de l’énergie
- Petits réacteurs nucléaires conçus pour une alimentation énergétique de base propre
- Partenariats avec des entreprises locales qui fournissent des services d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction pour réduire les risques liés aux projets
Les technologies propres sont recherchées en Australie, au Japon et en Corée du Sud. Il existe par ailleurs des marchés en expansion en Inde et au Vietnam.
Acquérez des connaissances sur le marché de l’Indo-Pacifique.
Les États-Unis demeurent le plus important marché d’exportation de technologies propres du Canada, mais la diversification au sein de l’Amérique du Nord est essentielle. La base industrielle croissante du Mexique et ses objectifs en matière d’énergies renouvelables offrent de nouvelles occasions d’affaires.
Débouchés pour les exportateurs
- Résilience du réseau et technologies d’électrification
- Intégration des énergies renouvelables pour les pôles de fabrication
- Partenariats pour soutenir le respect des politiques climatiques en évolution
EDC offre davantage de renseignements sur le marché étatsunien et d’information sur les débouchés commerciaux au Mexique.
L’Amérique latine intensifie son recours aux énergies renouvelables. L’exploitation minière a également besoin de moyens de traitement qui utilisent l’eau de façon efficace et de technologies qui transforment les déchets miniers en matériaux utilisables.
Débouchés pour les exportateurs
- Offre de technologies industrielles de réutilisation de l’eau
- Solutions pour le recyclage des déchets miniers
- Systèmes d’énergie renouvelable pour l’exploitation en région éloignée
Il existe au Chili un marché en pleine croissance pour les projets solaires et éoliens, tandis que la Colombie présente des possibilités d’exportation pour la gestion et le recyclage des déchets.
Dans cet enregistrement d’un panel du Sommet, des chefs de file de l’industrie et un exportateur canadien nous racontent comment ils ont mis en place des stratégies pour pénétrer avec succès de nouveaux marchés.
2. Comment la sécurité énergétique et la décarbonation convergent-elles?
La sécurité énergétique est en train de remodeler les plans de carboneutralité dans le monde entier. Les pays recherchent des sources d’énergie locales à faible émission de carbone pour réduire la dépendance à l’égard des importations et les risques associés.
M. Gryseels déclare : « Nous passons d’un monde où le développement durable était axé sur les valeurs à un développement durable qui est désormais axé sur la valeur. » Cette réorientation génère des rendements mesurables comme les économies de coûts et la réduction des risques.
Principaux changements :
- Les pays réduisent leur dépendance à l’égard de l’approvisionnement russe, ce qui, parallèlement aux prix élevés de l’électricité, accélère les investissements dans l’énergie de base propre et les énergies renouvelables.
- Certaines institutions assouplissent leurs engagements envers la carboneutralité, mais les capitaux continuent d’affluer là où les données économiques sont solides, comme dans les secteurs des énergies renouvelables, du stockage de l’énergie, du nucléaire, du gaz naturel liquéfié (GNL) et des biocarburants.
- L’Asie et l’Afrique développent l’énergie solaire et éolienne pour répondre à la demande croissante, faisant des énergies renouvelables l’option la plus économique et la plus pratique.
Ces changements ouvrent des portes aux exportateurs canadiens en créant des occasions pour eux de fournir des technologies d’électrification, des systèmes de stockage par batterie et des solutions pour accroître la résilience des réseaux.
Vous voulez en savoir plus? Des spécialistes de l’industrie expliquent comment les exportateurs naviguent à travers les besoins en sécurité énergétique et l’évolution de la demande mondiale dans cet enregistrement d’un panel du Sommet portant sur les tendances en matière de production d’électricité et de transition énergétique (lien en anglais seulement).
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Rencontrez cinq entreprises de technos propres qui alimentent le développement durable mondial.
3. Quel est l’incidence de l’intelligence artificielle (IA) sur l’innovation en matière de solutions climatiques et de technologies propres?
L’IA transforme la façon dont les entreprises développent et déploient des technologies propres. Pour les exportateurs canadiens, cela pourrait apporter des avantages comme des coûts plus bas, des itinéraires d’expédition plus avantageux et des percées plus rapides dans des domaines comme la chimie des batteries et le captage du carbone. Parallèlement, il existe des besoins énergétiques massifs pour alimenter l’IA et les centres de données.
Anthony Schiavo, directeur principal et analyste principal chez Lux Research, affirme que l’incidence de l’IA sur le développement durable est plus nuancée que ne le suggèrent les gros titres. Alors que la demande pour les centres de données est appelée à augmenter, il soutient que des gains rapides en ce qui concerne l’efficacité énergétique, les puces et le refroidissement pourraient aider à contrôler les émissions.
Il attire également l’attention sur un risque à court terme : les investissements dans l’IA peuvent détourner des capitaux des solutions de technologies propres prêtes à être déployées aujourd’hui, même si l’IA contribue à accélérer l’innovation à long terme.
Les utilisations pratiques de l’IA, comme l’amélioration des opérations, l’optimisation de la gestion des réseaux et l’accélération de la recherche et du développement (R-D), deviennent des outils essentiels pour les exportateurs qui cherchent à étendre leurs activités plus efficacement. Pour de nombreuses entreprises, l’IA contribue déjà à la R-D et aux opérations quotidiennes.
Vous voulez en savoir plus? Restez à l’affût : notre article complet sur cette tendance émergente sera bientôt disponible.
4. Comment les dynamiques de financement des technologies propres évoluent?
En 2024, environ 8 milliards de dollars ont été investis dans le capital de risque au Canada, mais aujourd’hui, les investisseurs se concentrent sur les entreprises qui affichent une forte adéquation au marché. De plus, les projets « premier de son genre » sont confrontés à des défis de financement, les prêteurs devenant de plus en plus prudents.
Graeme Millen, vice-président, Finances stratégiques chez Financement agricole Canada (FAC), déclare : « L’impératif moral, malheureusement, n’est pas une thèse d’investissement durable pour les commanditaires ou pour les investisseurs. Les fonds iront aux entreprises très performantes. »
Pour que les exportateurs de technologies propres se démarquent, ils doivent obtenir ce qui suit :
- Du financement non dilutif : Un financement qui ne nécessite pas de donner des parts de l’entreprise, comme les subventions, le financement par redevances, les dettes ou les crédits d’impôt à l’investissement. Ces moyens aident les entreprises à étirer leurs fonds disponibles et à réduire les risques.
- Une structure de capital coordonnée : Une combinaison de financement bancaire, de programmes gouvernementaux et d’investisseurs privés pour soutenir une croissance durable.
Pour les entreprises de technologies propres qui se préparent à développer leurs activités à l’étranger, il est de plus en plus important d’élaborer un plan de financement qui correspond à leur calendrier d’entrée sur le marché. Les exportateurs combinent souvent des capitaux propres avec des options non dilutives pour renforcer leur stratégie de capital, préserver la propriété et réduire les risques.
Vous voulez en savoir plus? Explorez nos deux enregistrements de panels du Sommet sur le financement des technologies propres :
- Des experts en capital-risque et en financement du secteur public discutent de la façon dont les exportateurs peuvent attirer des capitaux d’investissement (lien en anglais seulement).
- Des dirigeants de banques et des responsables du financement du secteur public expliquent comment le financement non dilutif peut renforcer une structure de capital (lien en anglais seulement).
Au Sommet sur l’exportation des technologies propres, Anthony DeOrsey, directeur de recherche du Cleantech Group, a mentionné plusieurs secteurs à fort potentiel pour les technologies propres canadiennes :
- Les minéraux critiques et les chaînes d’approvisionnement des batteries : Les atouts du Canada dans l’extraction directe du lithium, l’hydrométallurgie (l’extraction du métal à partir du minerai) et le traitement de minéraux clés, comme le cobalt et le nickel, positionnent bien les exportateurs, qui peuvent fournir à la fois des matières premières et des produits raffinés. Les restrictions étatsuniennes sur le recyclage des batteries chinoises favorisent les fournisseurs canadiens, mais la compétitivité des coûts et la mise à l’échelle rapide demeurent des défis.
- La fission nucléaire, la fusion et les petits réacteurs modulaires : Le Canada est sur le point de devenir le chef de file dans le domaine des technologies nucléaires de prochaine génération, le premier petit réacteur modulaire commercial au monde (à l’extérieur de la Chine et de la Russie) étant attendu d’ici 2030. Comme le dit M. DeOrsey, « nous allons avoir besoin d’un modèle pour savoir comment rendre opérationnels ces nouveaux types de réacteurs nucléaires et les financer. » Il y a également eu un regain d’élan dans le domaine de la fusion dans le cadre du passage à de nouvelles sources d’énergie de base.
- Les infrastructures énergétiques propres : Il existe d’importantes possibilités d’amélioration des réseaux, notamment en ce qui a trait au stockage d’énergie à long terme, à la requalification des lignes (remplacement des anciennes lignes électriques par des lignes de plus grande capacité) et des systèmes de gestion des réseaux plus perfectionnés. Le Canada utilise déjà l’IA pour l’optimisation des réseaux et pourrait élargir cette capacité pour améliorer la résilience des réseaux et soutenir les systèmes industriels. M. DeOrsey a également souligné les possibilités de surveillance souterraine, comme la surveillance géothermique, qui bénéficie des solides capacités du Canada dans les domaines des mines et de l’IA.
Il considère que le Canada devrait redoubler d’efforts sur ces points forts, plutôt que d’investir massivement dans des secteurs où les concurrents mondiaux sont déjà bien établis.
Ces secteurs émergents concordent avec les conclusions du rapport d’EDC sur les technologies propres, qui a également identifié trois technologies propres matures : les énergies renouvelables, les transports électrifiés et l’électrification. Ces technologies offrent de solides débouchés commerciaux aux exportateurs canadiens et résistent à l’incertitude politique et économique.
Les choses ont beaucoup évolué au cours de la dernière année, mais ce qui demeure constant, c’est qu’il y a de nombreux domaines dans lesquels le Canada peut prospérer au sein du chaos.
Dans sa présentation au Sommet, M. DeOrsey ne se contente pas des actualités du secteur et explique pourquoi il est plus important que jamais, en 2026, de miser sur ces forces.
Les risques dont il faut tenir compte avant de profiter des débouchés en technologies propres à l’échelle mondiale
Au Sommet, Ross Prusakowski, économiste en chef adjoint à EDC, a souligné à quel point l’incertitude économique modifie les décisions en matière d’exportation (lien en anglais seulement). Il dit : « L’élément qui a changé le plus depuis le début de l’année (2025), ce sont les tarifs douaniers des États-Unis et cela pèse réellement sur la croissance mondiale. »
- L’incertitude en matière de politiques publiques et d’investissement : L’évolution des règles commerciales et le risque d’une augmentation des tarifs font en sorte qu’il est plus difficile pour les entreprises de prévoir les coûts, de fixer des prix de manière concurrentielle et d’engager des capitaux, en particulier pour les projets les plus novateurs.
- Le risque lié au financement et à la livraison : La volatilité des marchés rend les investisseurs et les prêteurs plus prudents, en particulier en ce qui concerne les technologies propres à forte intensité de capital dont les délais de développement sont plus longs.
- Le ralentissement de la croissance des marchés : Alors que la demande des consommateurs étatsuniens a tenu bon jusqu’à présent, M. Prusakowski affirme que les marges se resserrent et que les décisions d’investissement sont déjà retardées. La faiblesse des perspectives de croissance en Europe et l’intensification de la concurrence mondiale ne font qu’aggraver le ralentissement de la croissance.
Les plus récentes Perspectives économiques mondiales d’EDC démontrent que la volatilité des échanges commerciaux est là pour de bon, ce qui souligne la nécessité pour les exportateurs de technologies propres de se concentrer sur la résilience et la stratégie.
EDC fournit des outils de financement et des renseignements sur les marchés aux exportateurs canadiens de technologies propres. En 2025 seulement, EDC a soutenu plus de 545 entreprises de toutes tailles dans le secteur des technologies propres en les aidant à mettre à l’échelle des solutions qui font avancer la transition énergétique.
« Nous constatons un élan continu dans le domaine des technologies propres, porté par l'écosystème d'entreprises, de bailleurs de fonds et de partenaires qui travaillent ensemble pour développer l'innovation canadienne. Cet engagement commun aide les exportateurs à être compétitifs à l'échelle mondiale et à contribuer à un avenir plus propre et plus résilient », déclare Jeremy Melhuish, vice-président, secteurs et services-conseils internationaux à EDC.
Nos remerciements aux partenaires et aux panélistes dont les perspectives ont façonné le Sommet et nous ont aidés à fournir des renseignements pratiques que les entreprises canadiennes de technologies propres peuvent utiliser pour croître à l’échelle mondiale.
Pour en savoir plus, explorez nos renseignements et ressources en matière de technologies propres.