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Stuart Bergman

Le risque géopolitique et les chocs énergétiques minent l’économie

L’année 2025 a été une tumultueuse, dominée par une conjoncture commerciale sous le signe de la volatilité et d’une vive incertitude. L’économie mondiale a donc franchi le seuil de 2026 avec une bonne dose de résilience. La croissance a pris du mieux et l’inflation a reculé. Certes, les droits de douane ont continué à peser sur l’activité. Toutefois, nombre d’entreprises ont appris à gérer ces perturbations et trouver une certaine stabilité. Dans notre édition de l’hiver 2026 des Perspectives économiques mondiales, notre prévision se formulait comme suit : le commerce international garderait le cap et la croissance se maintiendrait, portée en partie par la hausse des dépenses en capital dans l’intelligence artificielle (IA) et la bonne tenue des marchés boursiers.

Trois mois plus tard, cette résilience est mise à l’épreuve dans notre parution du printemps des Perspectives. La guerre entre la Russie et l’Ukraine entre dans sa quatrième année et force est de constater que les risques géopolitiques s’intensifient sur plusieurs fronts.

Les États-Unis ont fait part de leur intention d’élargir leur présence stratégique sur le territoire d’un allié de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Pour sa part, la Chine a mené des exercices militaires à grande échelle dans le détroit de Taïwan. L’armée américaine, quant à elle, a lancé une opération militaire majeure au Venezuela.

Puis, le 27 février, les États-Unis – en collaboration avec Israël – ont lancé des frappes aériennes et des frappes de missiles d’envergure contre l’Iran. Ce geste a déclenché une guerre de haute intensité au Moyen-Orient qui perturbe le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et bloque près d’un cinquième du transit mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL). Le détroit est aussi une voie de transport vitale pour les produits chimiques, les métaux et les engrais, ce qui aggrave le risque de perturbation de la chaîne d’approvisionnement liée à l’agriculture et aux semi-conducteurs.

Le choc énergétique au Moyen-Orient se fait ressentir sur les marchés mondiaux

Les cours du pétrole brut West Texas Intermediate ont augmenté, passant d’environ 60 dollars le baril à près de 100 dollars le baril, soit la plus forte envolée depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Selon notre scénario de référence, qui tient compte des développements survenus jusqu’au 16 mars, le cours de l’or noir restera élevé jusqu’à l’été.

Du fait de l’atténuation du conflit et des défis liés au fret maritime, nous prévoyons une baisse des cours et un retour à des stocks pétroliers excédentaires à l’échelle du globe. Ainsi, les cours moyens du pétrole passeront à environ 70 USD le baril en 2026 et à 61 USD le baril en 2027. Les risques voilant nos prévisions s’orientent à la baisse et font écho à une incertitude inhabituellement élevée. La fermeture prolongée du détroit pourrait avoir des effets non linéaires sur les cours du pétrole brut. Les perturbations pourraient persister au-delà de la fin des hostilités directes si les infrastructures d’extraction et de raffinage sont endommagées.

L’incertitude tarifaire persiste malgré les limites imposées aux pouvoirs d’urgence

Éclipsée par la guerre au Moyen-Orient, la décision rendue par la Cour suprême des États-Unis contre l’utilisation de la Loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA) pour justifier l’imposition des tarifs a été un autre développement crucial. La décision laisse en place les surtaxes douanières prévues au titre des articles 122 et 301 de la Loi sur le commerce de 1974, et celles prévues à l’article 232 de la Loi sur l’expansion du commerce de 1962. Toutefois, la législation modifie la manière dont l’administration américaine peut recourir aux tarifs.

Nous nous attendons toujours à ce que les États-Unis recourent à ces dispositions et d’autres dispositifs pour exercer des pressions tarifaires sur divers pays et secteurs (comme l’acier et l’aluminium, le cuivre et les produits automobiles). Cependant, la décision devrait limiter les ajustements arbitraires aux calculs tarifaires durant l’horizon prévisionnel.

Les Services économiques d'EDC continuent de s’attendre au maintien de la dynamique économique américaine, malgré les aléas à l’échelle mondiale. En tant qu’exportateur net d’énergie, les États-Unis sont mieux placés que de nombreuses économies pour absorber le choc actuel. Malgré la faiblesse persistante du marché du travail, les dépenses de consommation globales sont au beau fixe et le chômage reste faible par rapport aux normes historiques. L’investissement des entreprises dans les infrastructures et les centres de données garde le cap et profiterait de la prise de nouvelles dispositions fiscales et budgétaires. Nous tablons sur une croissance de l'économie américaine de 2,3 % en 2026 et de 2,2 % en 2027.

Croissance et inflation : des pressions conflictuelles s’exercent sur la politique monétaire

La croissance résiliente, le marché du travail qui s’essouffle et un risque d'inflation croissant lié au conflit au Moyen-Orient créent un contexte difficile pour la Réserve fédérale américaine. Nous escomptons donc que la Fed maintienne sa politique stable jusqu'à la fin de 2026, date à laquelle elle devrait réduire le taux des fonds fédéraux de 25 points de base. Une deuxième réduction de 25 points de base est attendue au début de 2027.

Au Canada, il est peu probable que la décision de l'IEEPA infléchisse les perspectives, les tarifs sectoriels ayant eu des effets plus importants sur les exportateurs canadiens. Ces effets sont désormais plus visibles sur le marché du travail, les secteurs exposés aux tarifs étant plus éprouvés que dans le reste de l'économie.

L’investissement commercial pâtit également. Malgré des cours mondiaux de l'énergie plus élevés soutenant les producteurs de pétrole, la montée des cours des matières premières pénalisera les consommateurs et les entreprises aux prises avec une augmentation du coût des intrants. Dans l'ensemble, l’économie canadienne enregistrait une croissance de 1,3 % en 2026 et de 1,9 % en 2027.

Au pays, l’effet des tensions inflationnistes serait en partie annulé par des changements aux politiques, notamment la suppression de la taxe sur le carbone. Dans ce contexte, nous n’anticipons aucune modification du taux directeur par la Banque du Canada cette année ou l'an prochain. Dans une conjoncture marquée par la politique plus accommodante de la Fed, les variations des cours de l’énergie et les risques liés à l'examen de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), nous nous attendons à ce que le huard, par rapport au billet vert, se situe en moyenne aux environs 74 cents durant l'horizon prévisionnel, dans un climat de grande volatilité.

La zone euro quant à elle traversera une année plus difficile, vu sa dépendance aux expéditions de GNL, et pourrait subir des tensions inflationnistes plus fortes qu'en Amérique du Nord. De même, ce bloc devra composer avec la hausse des importations chinoises et l’incertitude entourant sa relation commerciale avec les États-Unis.

À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, l’impasse législative et la paralysie dans l’arène politique devraient peser sur le climat des affaires. En Allemagne, les perspectives seraient embellies en 2027 par le passage de l’austérité à une expansion budgétaire axée sur l’investissement et les dépenses de défense, et une plus grande flexibilité du frein à l’endettement. Pour l’ensemble de la zone euro, nous prévoyons une croissance de l’ordre de 1,1 % en 2026, puis de 1,5 % en 2027.

Le gouvernement chinois a abaissé son objectif de croissance dans la fourchette de 4,5 % et de 5 %, signe que son économie est sous tension alors que le tassement de la demande intérieure continue d’être compensé par des excédents commerciaux substantiels et des tensions grandissantes avec les partenaires commerciaux. Pour la Chine, nous tablons sur une croissance globale près de la fourchette inférieure cible, soit de 4,6 % en 2026 et de 4,5 % en 2027.

La stabilité géopolitique modulera les perspectives mondiales de croissance

Nous avons amorcé 2026 avec un optimisme prudent avec l’espoir que la résilience de l’économie mondiale et la stabilité du commerce – tout de même soumis à des aléas – puissent avoir raison de l’incertitude des dernières années. Or, le regain de la volatilité sur le front géopolitique met à l’épreuve cette résilience.

D’après nos prévisions de référence, la croissance mondiale se fixerait à 3,2 % en 2026 et à 3,3 % en 2027. Cependant, les risques sont résolument orientés à la baisse et restent très sensibles à de nouvelles perturbations. Dans notre scénario baissier, la hausse des cours du pétrole et des matières premières raviverait l’inflation et plomberait la consommation et l’investissement, avec des retombées variant selon les régions.

Explorez les Perspectives économiques mondiales et l’Analyse trimestrielle des risques pays d’EDC afin de découvrir des stratégies pour gérer vos risques et surmonter l’incertitude commerciale mondiale.

Remerciements

Nous tenons à remercier chaleureusement Ross Prusakowski, économiste en chef adjoint et directeur du Centre d’information économique et politique d’EDC, pour sa contribution à la présente chronique.

N’oubliez pas que votre avis est très important pour les Services économiques d’EDC. Si vous avez des idées de sujets à nous proposer, n’hésitez pas à nous les communiquer à l’adresse economics@edc.ca et nous ferons de notre mieux pour les traiter dans une édition future.

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Date de modification : 2026-04-30