Le Brésil, victorieux sur le terrain et les marchés?
Le foot, rien ne définit le mieux le Brésil. À l’occasion du Mondial 2026, l’équipe locale A Seleção est prête à nous éblouir cet été par son jogo bonito ou beau jeu. Et chaque Brésilien vous le dira à propos du sport roi : chaque match réserve son lot de surprises : a partida é uma caixinha de surpresas! Cette imprévisibilité pourrait aussi caractériser les perspectives pour le Brésil, ce marché en perpétuelle émergence.
Le Brésil dispose de véritables atouts en ce qui a trait aux fondamentaux économiques : une économie vaste et diversifiée, de solides amortisseurs aux aléas extérieurs et d’abondantes ressources naturelles. Or, les tensions chroniques dans l’arène politique, les frictions en matière de gouvernance, les scandales de corruption à répétition et les préoccupations budgétaires grandissantes demeurent des entraves. Voilà pourquoi il est capital de comprendre le Brésil pour bien cerner les risques et les occasions sur ce marché.
Économie brésilienne : l’élan s’essouffle et la croissance fléchit
La performance du Brésil s’apparente au déroulement d’un match de soccer en prolongation. Les résultats ont comblé au-delà des espérances ces dernières années. Pour preuve, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a surpassé les attentes, le chômage se situe à un creux inédit et l’inflation est modérée selon les normes nationales. Malgré tout, l’élan se tempère. Les partisans dans les gradins s’impatientent, la météo se gâte et les erreurs même mineures peuvent changer rapidement l’issue du match…
Pour ce qui est du volet macroéconomique, les consommateurs aident à maintenir le tempo grâce à la vivacité de la demande. Pour « marquer des buts », les produits de base sont une valeur sûre, où le secteur agricole fait figure de marqueur étoile. Pourtant, le jeu du reste de l’équipe est plutôt inégal si bien que les tirs au but se font plus rares. La fatigue s’installe peu à peu dans les rangs.
Au vu de ce contexte, nous tablons sur une croissance se modérant autour de 2 % cette année et l’an prochain, un score décevant pour une équipe du calibre du Brésil. La réduction des taux devrait ajouter des liquidités et soutenir l’impulsion. Toutefois, le cycle d’assouplissement de la banque centrale sera limité alors que les pouvoirs publics mettent en balance l’incertitude entourant la tenue des élections, les tracas budgétaires et les tensions inflationnistes engendrés par le conflit au Moyen-Orient.
Les bouleversements climatiques et commerciaux bousculent les perspectives du Brésil
Le très florissant secteur agricole est promis à de beaux jours, certes, mais les dérèglements climatiques posent un risque. Malgré l’amélioration des fondamentaux de la demande après des années de réformes, les plans macrobudgétaires à court terme peuvent être chamboulés par les chocs géopolitiques.
À titre de producteur d’énergie, le Brésil profite de l’envolée des cours du pétrole brut, qui bonifie les termes de l’échange et augmente les recettes publiques. Cependant, les exploitants agricoles pourraient pâtir de la hausse du coût des engrais. Parallèlement, les ménages pourraient voir leur pouvoir d’achat mis à mal par la montée des cours gaziers mondiaux.
En ce début de 2026, l’enjeu décisif pour les ménages et les entreprises se résume à ceci : peut-on éviter de perdre pied alors que la conjoncture se fait plus éprouvante (comprenons, le terrain plus détrempé et glissant) en raison de la présence de chocs extérieurs. Le Brésil a montré sa capacité à tirer parti d’un contexte mondial difficile. Grâce à sa politique étrangère axée sur le pragmatisme, il a gardé ses marques au milieu de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. D’autre part, ses efforts en matière de diversification commerciale lui ont permis de se prémunir des revirements de la politique tarifaire américaine. La mise en œuvre provisoire de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur devrait générer des retombées positives et, ce faisant, faire à nouveau souffler un vent d’optimisme à propos de la signature d’un accord entre le Canada et Mercosur d’ici la fin de l’année.
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Les risques de fin cycle amplifiés par l’agitation politique et les contraintes budgétaires
À l’extérieur de l’aire de jeu, les tensions politiques sont à leur comble. Le président Luiz Inácio Lula da Silva (« Lula ») briguant un nouveau mandat, le Brésil amorce un passage où il est exposé à la volatilité. Même si la résilience des institutions réduit le risque de rupture, la difficulté à gouverner et un calendrier législatif serré réduisent le champ d’action pour mener les réformes structurelles qui s’imposent.
Les tensions financières restent un adversaire de taille. Les programmes d’assistance sociale, l’engagement du secteur public dans le dossier des retraites et les lacunes sur le front de la fiscalité limitent la marge de manœuvre. L’ampleur du déficit, surtout attribuable aux paiements d’intérêt, contribue à l’instabilité de la dette. La Banque centrale du Brésil (Banco Central do Brasil) maintient les taux d’intérêt réels parmi les plus élevés au monde. Elle empêche les sorties de capitaux, mais dans le même souffle bride l’investissement privé et mine la productivité. Le Brésil investit à peine 17 % de son PIB, soit environ la moitié du taux de l’Inde.
Il y a fort à parier que l’impasse entre politique budgétaire et politique monétaire persistera jusqu’après les élections, et l’issue du scrutin définira la manière dont ce blocage sera résolu. Le prochain Parlement devrait rester de centre droit et particulièrement fragmenté. Par ailleurs, la course pour la présidentielle s’annonce très serrée entre le président en poste Lula et Flávio Bolsonaro, le fils de son ancien rival.
La réélection de Lula annoncerait pour l’essentiel la continuité des politiques et le maintien du rôle actif de l’État dans la politique financière et industrielle du pays. À l’inverse, la victoire de Bolsonaro présagerait une posture budgétaire plus orthodoxe et un nouvel élan vers la déréglementation, avec à la clé une atténuation des frictions législatives. Dans les deux cas, il faudrait composer avec la dynamique familière du ruído político — des perturbations susceptibles de creuser les écarts, de faire fluctuer la monnaie et de tempérer les investissements. Dans ce contexte, les exportateurs et investisseurs canadiens devraient considérer 2026 comme une année empreinte de volatilité; ils devraient donc être prêts à passer à l’action lorsque l’orientation des politiques sera plus claire.
La conclusion : l’importance des dernières minutes du match
Le score du Brésil aura des retombées évidentes pour les entreprises canadiennes. Le pays demeure un marché vaste et diversifié, où l’expertise technique et les capitaux patients peuvent avoir un effet multiplicateur – en particulier lorsqu’ils sont jumelés aux forces du Canada dans le domaine des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). En outre, le Brésil recèle un fort potentiel de diversification, alors que les risques s’intensifient à l’échelle planétaire.
Le défi que doit relever le pays : terminer le match sans commettre de fautes inutiles. Chose certaine, il y a des débouchés pour les entreprises canadiennes qui tirent parti des forces du Brésil et ciblent des créneaux inexploités. Forte de sa présence de longue date, de son expertise approfondie du marché et de sa riche gamme de solutions financières et de produits du savoir, Exportation et développement Canada (EDC) peut aider les exportateurs et les investisseurs à exploiter le potentiel à long terme du Brésil.
Nous tenons à remercier chaleureusement Daniel Benatuil, analyste principal des risques pays pour l’Amérique latine, pour sa contribution à la présente chronique.
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