Boom agricole au Brésil : les possibilités pour les entreprises d’ici
Précisions au sujet de l’auteur
Daniel Benatuil
Analyste principal | Centre de renseignement économique et politique
Dans cet article :
- L’agriculture est depuis longtemps au cœur de l’économie brésilienne
- Comment le Brésil est-il devenu une puissance agricole mondiale?
- L’agriculture refaçonne l’économie brésilienne au sens large
- Le potentiel de croissance inexploité de l’agriculture brésilienne
- Conclusion : ce que cela signifie pour les exportateurs et les investisseurs canadiens
Les récentes récoltes exceptionnelles du Brésil ont rehaussé les attentes relativement à la production et à la croissance. Pour les entreprises canadiennes, la prise d’envergure du Brésil est une excellente nouvelle, d’autant plus que le pays est en train de remodeler les marchés agricoles mondiaux à un moment où la diversification, la sécurité alimentaire et la résilience de l’offre sont au cœur des préoccupations.
L’économie brésilienne de 2 300 milliards de dollars américains est la dixième économie mondiale en importance et son secteur agricole se classe à lui seul au septième rang des économies d’Amérique latine. Le Brésil est déjà la deuxième destination du Canada dans la région tant pour les exportations de biens que pour les investissements directs. Bien que la similarité des ressources naturelles limite certains échanges commerciaux au niveau des produits, cette relation est tout de même soutenue par de solides exportations canadiennes d’engrais, de machinerie et d’équipement, ainsi que par des débouchés de plus en plus nombreux pour l’expertise canadienne dans des secteurs de croissance stratégique comme l’agriculture et l’agroalimentaire.
Les relations commerciales du Canada avec le Brésil durent depuis longtemps, les entreprises canadiennes étant présentes sur le marché depuis des décennies, en particulier dans des secteurs comme l’agriculture, les intrants agroalimentaires, l’exploitation minière, les infrastructures et les services financiers. Le Brésil est un marché prioritaire pour Exportation et développement Canada (EDC), qui appuie les exportateurs et les investisseurs canadiens en leur offrant des renseignements sur les marchés, une expertise locale et une présence sur le terrain, y compris des conseils sur la façon de se familiariser avec la culture d’entreprise et les pratiques d’exploitation en Amérique latine. Le commerce bilatéral de marchandises entre le Canada et le Brésil a atteint 14,7 milliards de dollars en 2025, une hausse de 15,7 % par rapport à l’année précédente.
Depuis le début des années 2000, le secteur est devenu un moteur fiable de croissance et de génération de revenus (lien en anglais seulement), représentant 8 % du produit intérieur brut (PIB), 16 % de l’emploi et 40 % des exportations. Lorsque la chaîne de valeur agroalimentaire élargie est incluse, cette contribution atteint 22 % du PIB.
L’ampleur de la transformation du Brésil en un producteur agricole de premier plan a été exponentielle. Les volumes de production des cultures ont plus que quadruplé au cours des 25 dernières années (document en portugais seulement), grâce à un doublement des superficies ensemencées et à de forts potentiels de rendement. Mais quelle est la recette secrète du Brésil? Et combien de temps peut-il puiser dans cette manne?
Au début des années 2000, le Brésil s’est éloigné des exportations tropicales traditionnelles comme le café et le sucre pour se tourner vers des produits en vrac, notamment le soja et le maïs. Sa croissance s’est accélérée rapidement, alimentée par la demande exponentielle de la Chine pendant le super cycle des produits de base, de 2000 à 2014.
En 2013, le Brésil avait dépassé les États-Unis en tant que premier exportateur mondial de soja (lien en anglais seulement). Plus récemment, la progression des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont détourné davantage la demande chinoise vers les produits brésiliens. Le soja est aujourd’hui le joyau agricole du Brésil en valeur d’exportation, suivi du sucre brut, du café, de la farine de soja et du maïs.
La Chine reste, de loin, la principale destination d’exportation, représentant près des trois quarts des exportations de soja du Brésil. Dans l’ensemble, les principaux marchés d’exportation agricoles du Brésil sont la Chine (35 %), l’Union européenne (14 %) et les États-Unis (5 %). Parallèlement, la progression plus rapide des expéditions vers l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient indique une diversification progressive des exportations, en partie motivée par les préoccupations mondiales en matière de sécurité alimentaire.
Boom agricole brésilien : structurel et non cyclique
Le succès agricole du Brésil n’est pas le produit du hasard. Contrairement aux producteurs matures (lien en anglais seulement), où la croissance de la production dépend en grande partie des gains de productivité, le Brésil se trouve dans une conjoncture idéale de développement où l’expansion des terres cultivées et l’augmentation de la productivité se renforcent l’une l’autre.
L’investissement à long terme dans la recherche et la technologie a été un facteur déterminant. La création dans les années 1970 de la Société brésilienne de recherche agricole (ou Embrapa, que l’on surnomme également la « Silicon Valley » agricole du Brésil), détenue par l’État, a jeté les bases de progrès majeurs dans la science des cultures et l’agriculture tropicale. Ces innovations ont permis de convertir des pâturages dégradés, en particulier dans la région du Cerrado, en terres agricoles à haut rendement, libérant ainsi des millions d’hectares pour une production à grande échelle.
Bien que la déforestation demeure une préoccupation majeure en matière de développement durable, Embrapa estime que jusqu’à 28 millions d’hectares de pâturages pourraient encore être récupérés de manière durable, ce qui équivaut à une augmentation de 35 % de la superficie totale ensemencée, par rapport aux données de 2022-2023.
La longue saison de croissance au Brésil permet également une intensification des cultures. Alors que les producteurs dans les climats tempérés doivent souvent se contenter de cycles de culture unique, le Brésil peut prévoir deux récoltes par an sur la même terre. Depuis le début des années 2000, la seconde récolte de maïs, connue sous le nom de « safrinha », a contribué massivement à l’essor du Brésil en tant que producteur mondial, avec un potentiel supplémentaire grâce à l’intensification.
Les cadres politiques et institutionnels ont également joué un rôle clé. Le Brésil fonctionne avec une protection commerciale relativement faible et des distorsions de prix limitées, tandis que l’accès au financement et aux assurances est de plus en plus lié au respect de l’environnement. Les politiques axées sur les marchés, conjuguées à des investissements publics massifs dans la recherche et la diffusion de la technologie, ont stimulé la compétitivité et attiré des capitaux privés.
Les progrès en biotechnologie, dont beaucoup sont menés par Embrapa, ont favorisé l’adoption généralisée des cultures génétiquement modifiées, aidant à augmenter les rendements de 70 % en deux décennies (lien en anglais seulement). Le mandat brésilien sur les biocarburants ajoute un autre pilier de croissance durable. La loi de 2024 sur le carburant du futur augmente les obligations d’incorporation, soutenant la production d’éthanol et de biodiésel et stimulant la demande pour la canne à sucre, le maïs et le soja, renforçant ainsi les revenus agricoles et les investissements.
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L’expansion rapide de l’agriculture a généré des retombées économiques plus vastes. Des investissements ont été consacrés à des activités de transformation comme la capacité de concassage et la production d’éthanol, contribuant ainsi au développement de zones agro-industrielles (sites centraux pour la transformation à grande échelle).
Parallèlement, les investissements importants dans les infrastructures de transport et de logistique augmentent la capacité des routes, des chemins de fer, des ports et des corridors de transport fluvial et permettent de déplacer des volumes de cultures toujours plus importants. Une recrudescence des concessions et des partenariats public-privé, soutenue par des stratégies comme le Plan logistique national 2035 (lien en anglais seulement), vise à transformer les goulets d’étranglement de longue date en avantage concurrentiel.
En termes simples, le Brésil dispose encore d’une marge de manœuvre considérable. Le pays devrait mettre environ 20 millions d’hectares en production d’ici 2031 (lien en anglais seulement), l’un des taux d’expansion les plus rapides au monde et à peu près l’équivalent à la superficie totale des terres arables de la France.
Cette expansion ne sera pas sans défis. Les pâturages dégradés éloignés nécessitent des investissements de taille dans la conversion des terres et l’infrastructure logistique rurale. Les changements climatiques présentent également des risques, les recherches suggérant (en anglais seulement) que l’évolution des conditions pourrait peser sur les valeurs projetées des terres et la viabilité financière des nouveaux efforts de conversion.
La croissance des rendements demeurera un facteur clé. Alors que les rendements du soja au Brésil sont déjà de classe mondiale, les rendements de nombreuses autres grandes cultures (lien en anglais seulement) tirent encore de l’arrière par rapport à ceux de ses concurrents mondiaux. Les potentiels de rendement resteront donc un moteur structurel clé de la croissance, même si le taux d’expansion des terres finira par se modérer. Heureusement, ce changement lié à la maturation n’arrivera pas de sitôt. Les projections officielles (en portugais seulement) estiment que la production céréalière brésilienne aura augmenté de 27 % lors de la récolte de 2033-2034 par rapport aux niveaux de 2023-2024, soutenue à la fois par l’expansion continue des terres et par de nouveaux gains de rendement.
Les risques à court terme auxquels est confronté le secteur agricole brésilien
Malgré de solides principes de base à long terme, des pressions à court terme émergent. Des taux d’intérêt élevés, des conditions d’octroi du crédit plus strictes et le coût élevé des intrants ont réduit les marges agricoles et contribué à la hausse des faillites.
La forte dépendance du Brésil à l’égard des engrais importés demeure une vulnérabilité majeure aux chocs géopolitiques, comme l’ont démontré les conflits en cours à travers l’envolée des cours et les perturbations de l’approvisionnement. Les contraintes budgétaires ont aussi leur importance. La hausse de la dette publique pourrait limiter la capacité du gouvernement à accroître le financement de programmes de soutien clés comme le Plan agricole (Plano Safra), le principal outil de financement agricole du Brésil. Ensemble, ces facteurs pourraient mener à une volatilité à court terme dans les décisions de plantation et la production, tandis que des exigences plus strictes en matière de conformité environnementale continuent d’ajouter des pressions réglementaires et financières. Les fondements de la croissance à long terme restent solides, mais le financement et les contraintes structurelles influenceront le rythme.
Les raisons derrière l’importance du boom agricole au Brésil pour le Canada
L’influence croissante du Brésil sur les marchés agricoles mondiaux a des conséquences directes sur les agriculteurs et fournisseurs canadiens.
« Le boom agricole au Brésil ouvre la voie à un vaste éventail de possibilités pour les exportateurs canadiens, affirme Ashley Kanary, directeur de la stratégie agroalimentaire à EDC. Au-delà du blé, des légumineuses et des aliments de spécialité, la demande augmente pour les engrais et les intrants pour la santé des sols, les ingrédients et additifs pour l’alimentation animale ainsi que les solutions de technologie agricole liées au développement durable et aux gains de rendement, tous des domaines où l’expertise canadienne est hautement concurrentielle. »
En ce qui concerne les marchés, Justin Shepherd, économiste principal à Financement agricole Canada, souligne que « les agriculteurs canadiens surveillent de près la production céréalière brésilienne. Les activités de récolte et d’exportation du Brésil culminent généralement juste avant la saison des semis en Amérique du Nord, influençant les prix à terme étatsuniens. Par conséquent, les résultats agricoles du Brésil ont une incidence sur les décisions de plantation printanière au Canada et aux États-Unis. »
D’un point de vue concurrentiel, la production à faible coût du Brésil intensifie la pression sur les exportateurs canadiens en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient, tandis que l’Accord de partenariat UE-Mercosur (APEM) et l’Accord commercial intérimaire (ACI) améliorent davantage l’accès du Brésil aux marchés européens. Le Mercosur est le bloc commercial sud-américain qui comprend l’Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l’Uruguay. Malgré cela, l’expansion agricole du Brésil crée de nouveaux domaines d’arrimage stratégique avec le Canada.
Fernanda Custodio, directrice du développement des affaires à EDC pour le Brésil et le Cône Sud, affirme que le Brésil et le Canada présentent de fortes complémentarités dans les ressources naturelles, en particulier l’agroentreprise, où les deux pays sont les principaux producteurs mondiaux d’aliments.
« Au Brésil, la hausse des investissements (surtout par le secteur privé) accélère la transition du pays vers de plus grandes efficacité, productivité et compétitivité dans les biens et services agricoles. Ce changement crée une solide filière de possibilités d’entrée sur le marché et d’expansion pour les entreprises canadiennes, en particulier celles qui offrent des solutions de technologie agricole avancée, des outils numériques et d’autres technologies de grande valeur qui appuient la modernisation des systèmes agricoles et des chaînes d’approvisionnement », affirme Mme Custodio.
Pour les entreprises canadiennes, cela se traduit par des domaines d’engagement concrets. Le vaste secteur agricole du Brésil offre de la place aux agroentreprises canadiennes, aux entreprises de logistique, aux fournisseurs d’engrais et aux entreprises de technologie agricole, en particulier dans les domaines de l’agriculture de précision, des solutions de développement durable, de la surveillance numérique des cultures, des intrants et des infrastructures de transport.
Le boom agricole brésilien est en train de remodeler les marchés mondiaux, créant à la fois des pressions concurrentielles et de nouvelles possibilités pour le Canada. La portée de l’approfondissement du partenariat bilatéral est importante et pourrait être renforcée davantage par la relance des négociations commerciales Canada-Mercosur. Grâce à une forte présence sur le marché, à une gamme de solutions financières et à ses connaissances, EDC est bien placée pour soutenir les entreprises canadiennes qui cherchent à croître dans le secteur agricole dynamique du Brésil.
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