L’aéronautique canadien : nouveaux horizons pour un fleuron mondial
Précisions au sujet de l’auteur
William Thomas
Associé principal | Renseignements sur les pays et les secteurs
Dans cet article :
- Des perturbations causées par la pandémie jusqu’à la reprise du secteur aéronautique
- Canada : les exportations aéronautiques et les principaux atouts de la filière
- Les principaux marchés d’exportation et risques commerciaux pour le secteur aéronautique
- Les possibilités de diversification des exportations pour le secteur aéronautique canadien
- La filière aéronautique canadienne est bien placée pour une croissance stratégique
- Le soutien d’EDC aux exportateurs canadiens du secteur aéronautique
Le secteur canadien de l’aéronautique demeure l’une des industries les plus concurrentielles et les plus avancées sur le plan technologique au monde : il crée des emplois hautement qualifiés, stimule l’innovation et positionne le Canada comme un acteur essentiel dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
Alors que le secteur tourne la page de plusieurs années de perturbations causées par la pandémie, l’augmentation des dépenses en défense, l’évolution des priorités en matière de développement durable et le renouvellement des investissements dans la fabrication de pointe redéfinissent sa trajectoire de vol à long terme.
Le Canada figure parmi les chefs de file mondiaux dans le secteur de l’aéronautique, car il se classe parmi les quatre premiers dans les segments des simulateurs de vol civil (premier rang), des moteurs (troisième rang) et des aéronefs (quatrième rang). Le secteur, qui a contribué à hauteur de près de 34 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) en 2024, représente environ 225 000 emplois.
L’industrie aéronautique investit également plus dans la recherche et le développement (R-D) que tout autre secteur de la fabrication au Canada, soit près de trois fois la moyenne consacrée à la R-D en fabrication. Cette nette orientation vers l’innovation aide les entreprises canadiennes à s’imposer sur la scène mondiale dans des domaines comme les jets d’affaires, les turbopropulseurs, les simulateurs de vol, les composants d’aéronefs de pointe et la robotique spatiale, en les intégrant aux principaux programmes d’aéronefs partout sur la planète.
Forte d’une équipe spécialisée en aéronautique composée de huit experts et de plus de 100 ans d’expérience combinée dans le domaine, Exportation et développement Canada (EDC) appuie le secteur aéronautique canadien depuis les années 1960. Selon Peter Johnston d’EDC, directeur de l’Équipe de l’aéronautique :
« Le secteur de l’aéronautique est un moteur incontournable du dynamisme de l’économie canadienne, puisqu’il soutient des emplois spécialisés et la fabrication de pointe. Or, les tarifs douaniers étatsuniens, les pénuries de main-d’œuvre et les tensions exercées sur les chaînes d’approvisionnement mettent à l’épreuve la résilience des entreprises canadiennes. EDC les aide à gérer ces risques et à accéder au financement et aux réseaux de relations dont elles ont besoin pour demeurer concurrentielles à l’échelle du globe. »
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Pour les entreprises canadiennes, risques croissants riment avec nouveaux défis. Prenez des décisions d’affaires éclairées grâce à nos Perspectives économiques mondiales.
La pandémie de COVID-19 a déclenché un effondrement sans précédent du trafic aérien mondial, et entraîné des ralentissements de la production et des mises à pied, tout en exposant de profondes vulnérabilités au sein des chaînes d’approvisionnement. Après deux années de modération, le trafic aérien mondial s’est nettement redressé et, au passage, a créé une forte demande pour les aéronefs et les pièces, alors que les compagnies aériennes luttaient pour faire face à la hausse des volumes de passagers.
La production aéronautique s’est accrue, mais a continué d’être confrontée à des défis liés aux chaînes d’approvisionnement hautement mondialisées et complexes de l’industrie. D’un bout à l’autre du processus, il suffisait d’un retard ou d’une pénurie pour créer un effet d’entraînement qui ralentissait les livraisons dans l’ensemble du système.
Alors que les carnets de commandes d’aéronefs atteignaient 13,5 ans de production (lien en anglais seulement), soit environ trois fois la moyenne historique, les transporteurs se sont tournés vers des flottes plus anciennes, ce qui a provoqué une vive demande pour les services d’entretien, de réparation et de révision (MRO) sur le marché secondaire.
En 2025, les conditions ont commencé à se stabiliser. Aux quatre coins du monde, le secteur a surpassé les rendements d’avant la pandémie, Accenture estimant la croissance des revenus de l’aéronautique commerciale à environ 12 % (lien en anglais seulement), soutenue par de solides livraisons d’aéronefs ainsi que l’élan robuste des services MRO sur le marché secondaire. Airbus a continué à atteindre ses objectifs de croissance des livraisons, tandis que Boeing a stabilisé sa production après des années de défis en matière de sécurité et de qualité, situation qui a laissé présager une remontée en 2026.
Ces développements demeurent dans l’ensemble positifs pour les fournisseurs canadiens, même si les engorgements continuent d’exiger une gestion prudente.
Figure 1 : Exportations aéronautiques canadiennes, 2024 (valeur nominale, base douanière)
Source : Commerce international de marchandises du Canada (CICM) – Ensemble de données
Remarque : Les valeurs sont nominales et fondées sur les douanes. Les estimations sont inférieures aux valeurs équivalentes de l’AIAC, car les définitions des données de l’application CICM sont plus restrictives. L’élément Simulateurs, etc. comprend les dispositifs d’arrêt et de lancement.
Les atouts du secteur canadien de l’aéronautique se concentrent dans les avions d’affaires, la propulsion, les simulateurs, la robotique spatiale et les services après-vente.
- Aéronefs : Les livraisons d’aéronefs représentent environ 45 % (figure 1, ci-dessus) des exportations canadiennes en aéronautique, les aéronefs gros porteurs (de plus de 15 000 kg) constituant la majorité, notamment la famille des jets Global de Bombardier et les Airbus A220. Bombardier demeure un fleuron du secteur des jets d’affaires grâce à des carnets de commandes records, des incitatifs fiscaux étatsuniens favorables en vertu du Big, Beautiful Bill et une croissance marquée des services après-vente à marge plus élevée.
- Moteurs : Les produits de propulsion représentent une autre catégorie d’exportation importante, avec des entreprises comme Pratt & Whitney Canada qui positionnent le pays à l’avant-plan des initiatives d’aviation durable, de propulsion hybride électrique et d’efficacité énergétique.
- Simulateurs et formation : La grappe de fournisseurs de simulateurs de classe mondiale du Canada, menée par CAE, continue de bénéficier des pénuries mondiales de pilotes et de la forte demande pour les solutions de formation et d’entretien.
- Composants avancés et robotique spatiale : Les entreprises canadiennes sont profondément intégrées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales en ce qui a trait aux composants de pointe comme les rotors, les trains d’atterrissage et les produits d’avionique. Dans le domaine des systèmes pour l’espace, MDA Space a renforcé le leadership du Canada grâce à des capacités accrues de soutien satellitaire et lunaire.
- Marché secondaire : L’utilisation prolongée de flottes vieillissantes a fait grimper les prévisions de croissance d’Accenture pour les dépenses mondiales en services MRO à environ 14 % pour 2025, ce qui profite aux entreprises canadiennes possédant une expertise approfondie en entretien, en réparation et en révision de moteurs.
En 2024, le Canada a exporté près de 27 milliards de dollars de produits aéronautiques vers 166 pays, plus de 70 % des recettes de l’industrie étant liés aux marchés internationaux. Le secteur est particulièrement mondialisé en raison de la complexité de la fabrication d’aéronefs et de la forte intensité de capital qu’elle exige. Les États-Unis demeurent le principal acheteur, représentant 63 % des exportations canadiennes en aéronautique, les aéronefs, les moteurs et les pièces étant les principaux produits convoités.
Figure 2 : Exportations aéronautiques canadiennes par principales destinations (en millions de dollars canadiens, valeur nominale)
Source : Commerce international de marchandises du Canada (CICM) – Ensemble de données
Remarque : Le cumul annuel est fondé sur les données disponibles (jusqu’en octobre). Les valeurs sont nominales, sur la base des douanes. Les estimations sont inférieures aux valeurs équivalentes de l’AIAC, car les définitions des données de l’application CICM sont plus restrictives.
L’intégration dans les chaînes d’approvisionnement étatsuniennes amplifie la croissance pendant les hausses de production aux États-Unis, mais expose les entreprises canadiennes à des changements réglementaires et à l’incertitude politique. Bien que les marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) demeurent largement exemptées des tarifs douaniers étatsuniens (et que le Canada ait eu droit au tarif effectif le plus bas parmi les principaux partenaires commerciaux de nos voisins du Sud en 2025), les exigences de conformité continuent d’imposer un lourd fardeau administratif.
Figure 3 : Exportations aéronautiques canadiennes vers les États-Unis, par produit (en millions de dollars canadiens, valeur nominale)
Source : commerce international de marchandises du Canada (CICM) – Ensemble de données
Remarque : Le cumul annuel est fondé sur les données disponibles (jusqu’en octobre). Les valeurs sont nominales et fondées sur les douanes. L’élément Simulateurs, etc. comprend les dispositifs d’arrêt et de lancement.
L’examen de l’ACEUM prévu à l’été 2026 ajoute un autre niveau d’incertitude. Tout durcissement des règles d’origine ou affaiblissement des exemptions tarifaires pourrait entraîner une augmentation des coûts, perturber la coordination des chaînes d’approvisionnement et retarder les décisions d’investissement. Le fait de ne pas parvenir à une entente pourrait également entraîner des cycles annuels de renégociation, ce qui augmenterait le risque opérationnel dans l’ensemble de la fabrication aéronautique nord-américaine. Pour une analyse supplémentaire sur la gestion de l’exposition aux risques sur le marché étatsunien, nous vous invitons à lire la page de renseignements sur le marché étatsunien d’EDC.
Malgré les difficultés permanentes, d’importantes occasions de croissance subsistent. Les marchés émergents comme l’Inde et la Chine devraient stimuler une croissance substantielle de la demande pour les aéronefs au cours des dix prochaines années, tandis que les marchés établis, comme les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne, continueront de favoriser une croissance stable. Cette expansion à large portée présente des possibilités de diversification des exportations pour les fournisseurs canadiens.
Figure 4 : Pays où la demande d’importation d’aéronefs devrait connaître la plus forte croissance
Source : Oxford Economics Trade Prism
Remarque : Les valeurs correspondent aux importations nominales d’aéronefs (p. ex. HS 8802).
L’analyse de l’avantage comparatif révélé (ACR) d’EDC met en évidence plusieurs atouts du secteur l’aéronautique canadien et révèle un potentiel d’exportation inexploité dans des marchés comme les Émirats arabes unis, l’Australie, la Corée du Sud, le Portugal, Singapour, la Suède et l’Afrique du Sud. Ces économies subissent des cycles de modernisation de leurs flottes qui correspondent aux forces du Canada en matière de jets d’affaires, de systèmes de propulsion et de composants de pointe.
Ensemble, le raffermissement de la demande mondiale et les avantages comparatifs du Canada positionnent le secteur pour une croissance des exportations plus diversifiée et plus résiliente.
Avec une forte intensité de R-D, des entreprises de premier plan sur la scène mondiale et une demande internationale croissante, le secteur aéronautique canadien est bien positionné pour une croissance à long terme. Il demeure un moteur essentiel de l’économie canadienne, car il soutient des emplois hautement qualifiés, la bonne tenue des exportations et la résilience industrielle.
Toutefois des risques persistent, sous la forme de l’examen de l’ACEUM en 2026, des contraintes liées aux chaînes d’approvisionnement ou des pénuries de main-d’œuvre. Grâce à une gestion proactive des risques et à un soutien ciblé, les entreprises canadiennes de l’industrie de l’aéronautique sont bien placées pour saisir les occasions sur les marchés mondiaux de l’aviation, de la défense et de l’espace.
Pour composer avec les écueils présents dans le marché de l’aéronautique mondial, il ne suffit pas de faire appel à des produits éprouvés. Il faut aussi pouvoir accéder à des renseignements exacts, s’appuyer sur des partenaires de confiance et mettre en place une gestion efficace des risques. EDC collabore avec les entreprises canadiennes de la filière aéronautique pour les aider à gérer l’incertitude, à explorer de nouveaux marchés et à être concurrentielles aux quatre coins du globe.
EDC offre ce qui suit :
- Des renseignements sur les marchés et des analyses pour aider les exportateurs à évaluer la demande, les changements de politiques ainsi que les risques liés aux chaînes d’approvisionnement au sein des principaux marchés mondiaux, notamment en Europe et en Indo-Pacifique.
- Des solutions de financement et de gestion des risques pour soutenir votre croissance, protéger vos flux de trésorerie et gérer les risques commerciaux et politiques.
- Un Programme de jumelage d’affaires et du soutien consultatif pour aider les entreprises à tisser des relations avec des acheteurs, des partenaires et des institutions financières à l’international.
Pour explorer les débouchés en Europe, nous vous invitons à consulter les renseignements détaillés sur les marchés européens d’EDC, fruits de nos équipes en poste dans l’Union européenne et le Royaume-Uni. Les renseignements sur les marchés de l’Indo-Pacifique d’EDC fournissent également des analyses sur l’environnement des affaires, les risques et les occasions dans les marchés à croissance rapide.
Vous connaissez peu les services d’EDC? Visitez notre Centre aide-export pour communiquer avec un conseiller en commerce et apprendre comment nous pouvons soutenir votre stratégie d’exportation. Vous êtes déjà client d’EDC? Communiquez avec votre gestionnaire relationnel pour discuter de la façon dont les développements mondiaux actuels peuvent avoir une incidence sur votre entreprise ou encore composez le 1-800-229-0575.
Remerciements
Nous tenons à remercier les experts en la matière de Moody’s et de l’Association des industries aérospatiales du Canada (AIAC), dont les précieuses connaissances ont contribué à renforcer l’exactitude et la profondeur de ce rapport.