Cette lancée ne se fera pas nécessairement en douceur. La pandémie nous a montré qu’il est facile de mettre l’activité économique à l’arrêt. Il est cependant plus compliqué de redémarrer la machine économique : nous pouvons déclarer le retour de l’activité, mais ce retour dépendra des décisions des entreprises et de la main-d’œuvre concernant le retour au travail, qui ne sont pas forcément synchronisées et linéaires.
Le regain se manifeste d’ailleurs dans les prix actuels. La croissance rapide a provoqué une pénurie d’intrants industriels essentiels, notamment des produits du bois, des denrées alimentaires, des métaux de base et des semi-conducteurs. Dans ce contexte, les prix grimpent chaque mois à un rythme qui est pour le moins préoccupant. Les prix à la production en amont aux États-Unis sont très élevés, ce qui engendre des effets immédiats sur les prix finaux. Le tableau est semblable au Canada alors que l’Europe connaît une situation un peu plus stable. Les banques centrales s’accordent pour dire que tout cela est temporaire, mais adopte des approches différentes : la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine restent sur leurs positions, tandis que la Banque du Canada annonce son intention de resserrer sa politique. Nous croyons que la croissance des prix sera modérée jusqu’en 2022, ce qui concorde avec nos projections pour les cours des produits de base.
Malgré tout, il subsiste un important risque que les attentes inflationnistes s’intensifient. Face au resserrement continu du marché du travail, les divers secteurs font état de pénuries de main-d’œuvre qualifiée, qui ne fera que s’aggraver lorsque les fonds accumulés seront bientôt injectés dans l’économie, et c’est sans compter les répercussions des contraintes actuelles sur le front des capacités matérielles. Si c’est le cas, la politique monétaire se trouverait en mode « rattrapage », une perspective qui n’a rien d’attrayant. Dans l’état actuel des choses, nous prévoyons que la volatilité qui règne sur les marchés des capitaux persistera pendant l’incertaine période de transition avant que les prix et les taux de change ne se stabilisent en 2022. Face au billet vert, le dollar canadien devrait s’échanger en moyenne à 81 cents en 2021 et 82 cents l’an prochain.
L'augmentation de la demande mondiale sera le principal moteur de la croissance à court terme au Canada. C’est d’ailleurs ce que confirme l'indice de confiance commerciale d’EDC qui laisse fortement présager que les exportateurs canadiens se préparent à une vive activité durant la seconde partie de l’année. Ainsi donc, au Canada, on s’attend à une croissance exceptionnelle de 6,1 % cette année, suivie d’une vigoureuse croissance de 4 % en 2022.
Jusqu’ici, les risques de dégradation des prévisions ont été prédominants. Il est possible que les taux d’infection remontent et que la reprise soit retardée, mais il y a des chances qu’en raison de notre exubérance, nous ayons forcé la note. À l’évidence, il y a une demande comprimée suffisante pour que cela se produise et, vu les contraintes locales en matière de capacités, il y a fort à parier qu’il y aura assez d’activité pour que tous suivent ce mouvement.