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Stuart Bergman

Commerce France-Canada : un partenariat stratégique en évolution

« L’appétit vient en mangeant », nous dit le célèbre proverbe français. L’envie de déguster un simple croissant peut rapidement faire place à celle de savourer un plat plus raffiné, couronné par des fromages et des desserts exquis! Le désir s’éveille, non pas parce qu’il est porté par la gourmandise, mais parce que la familiarité est rassurante et que la curiosité invite à poursuivre l’aventure culinaire…

La relation commerciale entre le Canada et la France suit une logique semblable. Au fil du temps, la constance des échanges, les partenariats fiables et les attentes partagées ont contribué à créer une relation durable qui se traduit par un commerce bilatéral se chiffrant dans les 12 milliards de dollars.

L’entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne (UE) en 2017 a considérablement réduit les barrières commerciales et contribué à resserrer les liens commerciaux entre nos deux nations dans de multiples secteurs comme l'aéronautique, les produits pharmaceutiques, l'agroalimentaire, les technologies propres, les services numériques et l'automobile, entre autres.

Débouchés pour les exportateurs canadiens : la table est mise dans le cadre de l’AECG

À l'image d'un plat délicieux concocté par un chef étoilé français, ce n'est pas la première bouchée qui définit l'expérience culinaire, mais plutôt l'anticipation de la suite du repas. Sur le plan des échanges, malgré la présence de difficultés commerciales à aplanir, de nouveaux débouchés voient le jour alors que nos deux pays s’emploient à s’adapter à un contexte intérieur et mondial en pleine mutation.

Tandis que le Canada cherche à diversifier ses partenaires commerciaux, la France mène de front plusieurs stratégies industrielles qui s’accompagnent de besoins réels en matière d’importation dans des domaines où le Canada est reconnu pour son expertise bien établie :

  • Loi de programmation militaire : Il s’agit d’une initiative de remilitarisation assortie d’une enveloppe de 413 milliards d’euros (environ 617 G CAD), qui a été bonifiée en 2025 par l’ajout de nouveaux engagements en matière de défense.
  • France 2030 : Il s’agit d'un plan d’investissement de transformation industriel de 54 milliards d’euros (79 G CAD)
  • Stratégie française pour l'énergie et le climat  : Elle vise la restructuration complète du réseau énergétique français autour des énergies renouvelable et du nucléaire.
  • Initiatives de  modernisation du secteur agricole : Elles ont pour but d’effacer le premier déficit commercial de cette filière depuis 1978.


Marchés de la défense en France : le SAFE et les nouveaux points d’accès pour les entreprises canadiennes

L’approvisionnement européen en défense a franchi une nouvelle étape qui met à l’avant-plan l’urgence, l’ampleur et la coordination des marchés dans ce secteur. En 2025, le Canada est devenu le premier pays hors UE à participer à l’initiative Agir pour la sécurité en Europe (instrument SAFE), un financement en défense pouvant atteindre 150 millions d’euros dont peuvent se prévaloir les États membres de l’UE.

Compte tenu de l’adoption en France de la Loi de programmation militaire, la participation à l’initiative SAFE revêt toute son importance pour les entreprises canadiennes. La raison? Cette législation redéfinit la façon dont les contrats de défense sont financés et octroyés.

En tant que partenaire de confiance hors UE, le Canada offre à la France l’accès à des capacités de fabrication en matière de défense respectant les normes de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), les mécanismes rigoureux de contrôle des exportations et un engagement pérenne sur le plan des politiques. La participation à l’initiative SAFE jette les bases d’un cadre où les transactions ponctuelles entre le Canada et la France font place à une coopération structurée, en particulier pour les composantes en amont et les intrants industriels essentiels pour maintenir la production

Minéraux critiques : l’apport du Canada à la filière batterie française

La France aspire à être un chef de file européen dans la production de batteries pour véhicules électriques. Or, le pays est tributaire de ses importations de minéraux critiques, notamment celles en provenance de la Chine, une situation qui rend vulnérable sa chaîne d’approvisionnement.

Le Canada est en bonne posture pour s’imposer comme un partenaire fiable aux vues similaires pouvant approvisionner les usines géantes du pôle industriel de la Vallée de la batterie, située dans les Hauts-de-France.

Le Canada se voit offrir des débouchés immédiats dans l’exportation de graphite. En effet, l’Hexagone ne dispose pas de capacités suffisantes de traitement du graphite. Rappelons que la Chine contrôle environ 85 % de la production mondiale de matériel pour l’anode des batteries. La France doit aussi composer avec une pénurie de nickel et cobalt. On s’attend à ce que les plans actuels de production du lithium sur le marché intérieur ne suffisent pas pour répondre à la demande. Dans la plupart des cas, les capacités canadiennes pourraient aider à combler le manque à gagner. Précisions que le cadre politique pouvant  soutenir cette logistique est déjà en place.

En septembre 2023, le Canada et la France ont lancé un dialogue bilatéral sur les minéraux critiques, qui prévoit des partenariats avec le Québec et la Saskatchewan, entre autres. Et fait digne de mention, la France a établi un fonds d’investissement de deux milliards d’euros (2,9 G CAD) visant la filière des minéraux critiques, dont 500 millions d’euros (735 G CAD) affectés par l’État français à ses investissements miniers, dont ceux à destination du Canada. 

La conclusion : la France est un marché prioritaire pour le Canada pour plusieurs raisons

Notre langue commune, nos liens culturels étroits et notre convergence sur le plan des politiques : voilà autant d’éléments qui font du Canada et de la France des partenaires naturels dans la sphère du commerce. Et dans un contexte mondial de plus en plus incertain,  ce genre de partenariat n’a jamais été aussi vital.

En misant sur ses stratégies industrielles – dans les batteries, l’énergie ou la défense –, la France entend reconstituer ses capacités stratégiques et réduire son exposition au risque lié à la chaîne d’approvisionnement. Le Canada peut lui prêter main-forte, car il a plusieurs cordes à son arc : l’étendue de ses activités dans l’exploitation des minéraux critiques; sa crédibilité pour ce qui est de la coopération dans le domaine de la défense; et l’instauration d’un cadre politique favorisant déjà une participation accrue par la voie de l'AECG, d’un dialogue bilatéral et d’instruments paneuropéens comme l’initiative SAFE.

Pour les entreprises canadiennes, la France fait figure de destination incontournable où elles peuvent intensifier leur présence européenne. Au départ dictée par un certain pragmatisme, la relation commerciale Canada-France peut se transformer en une véritable intégration stratégique, nourrie par une confiance sans cesse renouvelée et des ambitions communes.

Nous tenons à remercier chaleureusement Sasan Fouladirad et Hani Wannamaker, analystes au Centre d’information économique et politique des Services économiques d’EDC, pour leur  contribution à la présente chronique.

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Date de modification : 2026-03-19