Numérique : le Canada dans une économie mondiale propulsée par l’IA
Les services numériques sont un pan souvent négligé du commerce international, mais cette situation est en train de changer. À vrai dire, ce type de services sous-tend pratiquement toutes les étapes de l’activité économique : du financement au transport, en passant par la prestation de services professionnels, techniques et d’information. Au fur et à mesure que les économies misent de plus en plus sur l’exploitation des connaissances et des données, les services joueront un rôle grandissant pour ce qui est de transmettre les informations, les compétences et les technologies au-delà des frontières.
Le commerce numérique accentue l’importance de ces services en mettant en relief leur rôle au moment de la commande et de la livraison par voie numérique de services et, dans bien des cas, de marchandises. Résultat : les coûts sont en forte diminution, et les particuliers et les entreprises de tous les segments peuvent accéder aux marchés mondiaux.
Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les services rendus par voie numérique représentaient 56 % des exportations totales mondiales de services en 2024. Pour sa part, Statistique Canada révèle que les services numériques pesaient pour 54 % des exportations de services commerciaux au pays en 2022.
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IA, catalyseur du commerce des services numériques
L'intelligence artificielle (IA) devrait contribuer à accélérer ces tendances en agissant comme une technologie à usage général capable de remodeler les volets de production et de commercialisation des services. En fait, l’IA bonifie déjà la prestation de services numériques dans plusieurs domaines : les finances, les logiciels, la conception, la traduction, l’analyse des données. Mais il y a plus : l’IA améliore les éléments de logistique, de conformité et de facilitation des plateformes de commerce numériques.
Selon les estimations de l’OMC présentées dans son Rapport sur le commerce mondial 2025, l’IA pourrait augmenter le volume du commerce mondial de 34 % à 37 % d’ici l’horizon 2040. Cette augmentation s’expliquerait par la conjonction de plusieurs facteurs : diminution des coûts, gains de productivité et expansion des services transfrontaliers axés sur l’IA. Les technologies de l’IA procureraient un autre avantage : elles pourraient simplifier la commercialisation des services numériques et, par le fait même, renforcer le rôle des services comme l’une des principales dynamos de la croissance du commerce mondial.
Compte tenu de ce contexte, le commerce transfrontalier de services numériques est appelé à croître rapidement au cours de la prochaine décennie. Cette croissance oscillerait autour de 20 % d’ici 2035 selon les hypothèses de base de l’OMC, ce qui porterait la valeur globale de ce type de commerce à plus de 5 000 milliards de dollars américains (en dollars courants).
Cette expansion ferait écho à la vive demande pour ces services et à la capacité accrue des entreprises de les offrir au-delà des frontières, à mesure que les infrastructures numériques et les technologies axées sur les données gagnent du terrain. Or, l’adoption de l’IA sera un moteur essentiel de ces avancées, notamment parce qu’elle abaissera les coûts fixes associés à l’essor international et sera un tremplin pour le développement.
Plusieurs de ces tendances se manifesteraient déjà. D’après l’enquête menée conjointement par la Chambre de commerce internationale (ICC) et l’OMC en 2025, pas moins de 90 % des sociétés adoptant l’IA notent des progrès mesurables de leurs activités commerciales : traitement accéléré à la douane, infos plus pertinentes sur le marché et logistique améliorée. Par ailleurs, l’enquête fait ressortir des statistiques d’intérêt : 37 % des micros, petites et moyennes entreprises (MPME) envisagent d’utiliser l’IA pour réduire le coût de leurs communications de plus de 50 %, tandis que 34 % des MPME s’attendent à des économies substantielles en matière de logistique. Ces chiffres illustrent la manière dont ces entreprises dotées de moins de ressources peuvent récolter les efficiences générées par l’IA.
Services numériques : la place du Canada et les trajectoires de croissance possibles
Depuis 2005, les exportations de services numériques du Canada ont progressé près de quatre fois plus vite que les exportations de marchandises. Pour autant, la part du Canada à l’échelle du globe reste inférieure à 3 %, un taux à peu près inchangé en deux décennies. D’autres économies d’une envergure semblable au Canada comme la France, l’Inde et le Royaume-Uni se taillent une part nettement plus importante des exportations numériques mondiales.
Considérées dans leur ensemble, ces tendances mettent à jour un paradoxe central de la performance du Canada dans l’univers du commerce numérique. Malgré une robuste croissance absolue, le Canada ne met pas à profit ce dynamisme pour intensifier sa présence sur les marchés de la planète. L’absence de progression de sa part du marché donne à penser que la croissance canadienne a suivi l’expansion mondiale sans toutefois la dépasser. Conséquence : le Canada est à la traîne par rapport à ses pairs, qui ont su développer avec brio leur filière des services numériques sur la scène mondiale.
Ce décalage entre croissance et rang mondial dans le secteur canadien des services numériques souligne la nécessité d’évaluer la cadence à laquelle les exportations numériques du Canada progressent, mais aussi le potentiel à actualiser. Ici, une analyse fondée sur des scénarios est particulièrement utile pour déterminer l’impact d’une trajectoire plus affirmée des services numériques axés sur l’IA sur la tenue future des exportations canadiennes.
Exportations de services numériques du Canada : les scénarios de croissance
En tirant parti de données de l’OMC dans ce domaine, notre équipe de recherche a déterminé deux évolutions possibles pour les exportations canadiennes de services numériques.
- En partant du principe que la croissance mondiale des services numériques atteint 20 % en 2035, notre scénario de référence établit ce qui suit : le Canada maintient sa part moyenne du marché depuis dix ans (2013-2023) à environ 1,2 %. En pareil cas, la valeur des exportations canadiennes de services numériques avoisinerait les 110 milliards de dollars américains d’ici 2035. Cet élan donnerait au Canada la possibilité d’être au diapason des tendances mondiales; il permettrait aussi de faire valoir l’hypothèse qu’il sera suffisant de maintenir la compétitivité de nos services numériques pour réaliser une croissance modérée mais soutenue des exportations dans un marché mondial axé sur l’IA en rapide expansion.
- Selon le scénario optimiste, le Canada occuperait une place plus avantageuse dans le secteur des services axés sur l’IA et des services numériques. Si la croissance mondiale des services numériques était de 20 % et si le Canada portait sa part de marché autour de 3 % – un taux comparable à la part de marché moyenne mondiale des 20 dernières années (2013-2023) de la Suisse, pays proche du Canada pour ce qui est des exportations de services de valeur supérieure –, la valeur des exportations de services fournis par voie numérique frôlerait les 161 milliards de dollars américains en 2035. Ce pactole supposerait une croissance d’environ 86 % par rapport aux niveaux de 2023. Pour obtenir un tel résultat, le Canada devra se mobiliser à plusieurs niveaux : adoption de l’IA, acquisition de compétences numériques, recours à des ressources axées sur le données et création d’un environnement extérieur soutenant l’ouverture au commerce numérique, la transmission transfrontalière des données et la cohérence réglementaire.
La conclusion : l’expansion de l’IA donnera une impulsion au commerce international
Les services, et tout particulièrement les services fournis par voie numérique, sont désormais au cœur de l’activité commerciale mondiale. Les technologies d’IA devraient accroître la portée de ces services, tout en favorisant leur développement et leur commercialisation. Et comme les services numériques pèsent déjà pour la moitié des exportations de services du globe, leur expansion à venir dynamisée par l’IA représente un marché vaste et en plein essor. Le commerce de services semble donc promis à un bel avenir. La question qui se pose désormais : est-ce que des pays comme le Canada trouveront leur compte dans ce nouvel eldorado?
Nous tenons à remercier chaleureusement Prerna Sharma, économie principale aux Services économiques d’EDC, pour sa contribution à la présente chronique.
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