L’avantage du cybercommerce canadien : forces, lacunes, concurrence
Précisions au sujet de l’auteur
Prerna Sharma
Économiste principale, Centre d’information économique et politique
Camille Farrell
Analyste quantitatif, Centre d’information économique et politique
Dans cet article :
- Les services commerciaux canadiens fournis par voie numérique : croissance, composition et part du marché mondial
- Ce que l’avantage comparatif révélé démontre au sujet des forces du commerce numérique canadien
- Les lacunes du Canada en matière de commercialisation des PI limitent le rendement de l’innovation numérique et de la R-D
- Vers quelles régions du monde le Canada peut-il accroître ses services fournis par voie numérique?
- Transformer les forces du commerce numérique canadien en compétitivité mondiale durable
- Les façons dont EDC peut vous aider
La numérisation a redéfini le monde du commerce. À l’origine, le commerce électronique en était le bénéficiaire principal. Aujourd’hui, les services fournis par voie numérique occupent une place de plus en plus importante de ce domaine, en particulier les logiciels, la recherche et le développement (R-D), les services financiers, le contenu audiovisuel, les services d’information et les télécommunications.
Selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les services fournis par voie numérique comptent pour 56 % des exportations mondiales de services en 2024. Statistique Canada estime que 54 % des exportations canadiennes ont été acheminées par voie numérique, selon les données les plus récentes compilées en 2022.
Les services commerciaux canadiens fournis par voie numérique : croissance, composition et part du marché mondial
Au cours des dix dernières années, les exportations de services fournis par voie numérique par le Canada ont fortement augmenté, reflétant la croissance de la demande mondiale pour des activités hautement qualifiées et à forte concentration d’expertise. Les services professionnels et techniques, les technologies de l’information (TI) et les services liés à la R-D constituent une grande part de cette croissance.
Les importations canadiennes de services fournis par voie numérique ont également augmenté, particulièrement en ce qui a trait aux logiciels, au traitement de données et aux licences de propriété intellectuelle (PI). Ceci reflète la dépendance du Canada envers les plateformes numériques et les écosystèmes technologiques internationaux.
Malgré la croissance des exportations mondiales de services fournis par voie numérique, la part du Canada ralentit depuis 2020. Ce déclin est motivé par des baisses dans la R-D ainsi que les services audiovisuels, architecturaux, d’ingénierie, scientifiques et techniques.
Figure 1 : Exportations canadiennes totales de services fournis par voie numérique et part mondiale (%)
Source : Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)
Pour comprendre la position concurrentielle du Canada dans les secteurs des services fournis par voie numérique, les Services économiques d’EDC ont réalisé une analyse d’avantage comparatif révélé (ACR).
L’ACR mesure les forces — ou les faiblesses — des exportations d’un pays pour un bien ou un service donné, comparativement à la moyenne mondiale. Par exemple, si le Canada exporte beaucoup d’un produit, comparativement à la quantité exportée par le reste du monde pour ce même produit, il a alors une solide longueur d’avance dans l’exportation dudit produit.
Nous avons poussé l’analyse plus loin en comparant le Canada à des pays dotés d’une économie et de trajectoires de croissance similaires aux nôtres. Nous avons limité notre analyse à 37 autres pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Le résultat démontre clairement l’avantage comparatif du Canada en matière d’exportation dans les domaines suivants :
- services de R-D;
- services audiovisuels et connexes.
L’avantage du Canada sur le plan des services de R‑D reflète la forte présence des universités, des institutions de recherche publiques et de la main-d’œuvre hautement qualifiée dans les domaines scientifiques et du génie. Dans le cas des services audiovisuels, le Canada profite d’écosystèmes de production concurrentiels, d’incitatifs fiscaux pour le cinéma et les médias, et de liens géographiques, linguistiques et culturels avec le marché étatsunien.
Le résultat de notre ACR suggère que les forces du Canada sont ancrées dans une population active hautement qualifiée et dans de solides capacités créatives et techniques, plutôt que dans une infrastructure axée sur le numérique ou les modèles d’affaires basés sur les plateformes.
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Les lacunes en commercialisation des PI canadiennes limitent le rendement de l’innovation numérique et de la R-D
Bien que le Canada possède clairement un avantage comparatif dans les services de R-D, il récolte moins de valeur économique que sa capacité de recherche le suggèrerait. Le Canada récolte aussi relativement peu de revenus de ses propriétés intellectuelles (PI), important plus de PI qu’il en exporte. Cette dépendance aux importations se traduit par deux principaux effets :
- Déficit en commercialisation : Le Canada produit des recherches de grande valeur, mais échoue souvent à les commercialiser sur son marché intérieur. Par conséquent, les sociétés canadiennes payent des droits de licences à l’étranger, tandis que les revenus en aval aboutissent à l’extérieur du pays.
- Fuites dans les chaînes de valeur de l’innovation : L’incapacité à retenir la propriété des PI limite les gains en aval des forces canadiennes dans le domaine de la R-D. Cela affaiblit la compétitivité à long terme des exportateurs canadiens de services numériques.
Ce contraste entre l’ACR élevé sur le plan de la R-D et le faible ACR sur le plan de la PI illustre une asymétrie fondamentale : le Canada excelle à produire des idées, mais échoue à en exploiter la valeur commerciale.
En nous appuyant sur les conclusions de l’ACR, nous notons plusieurs domaines qui se démarquent et qui présentent des possibilités de croissance pour les services commerciaux canadiens fournis par voie numérique :
- Renforcement des secteurs élevés soulevés par l’ACR : Le Canada devrait continuer de tirer parti des secteurs où il présente un avantage comparatif important, mais aussi de développer ces secteurs.
- Services de R-D : Renforcer les pipelines de commercialisation intérieure, les partenariats universités-industrie et le soutien accordé aux entreprises en expansion.
- Services audiovisuels : Maintenir la compétitivité des secteurs du cinéma, des médias numériques, des jeux vidéo et de l’animation par l’entremise d’incitatifs et du développement des talents.
- Amélioration de la production et de la rétention des PI : Résoudre le problème persistant des lacunes dans la commercialisation des PI au Canada représente une occasion clé.
- Expansion des technologies de l’information et des communications (TIC) et des services professionnels : Ces catégories présentent de solides trajectoires de croissance à l’échelle mondiale — près de 27 % entre 2022 et 2024 (comparativement à -1,4 % pour le Canada pendant la même période). Le Canada pourrait profiter d’investissements plus importants dans ces segments de services et d’une politique axée sur leur expansion.
Les services fournis par voie numérique sont en train de refaçonner rapidement le commerce mondial. Le Canada a clairement démontré ses forces dans les domaines de la R-D et des services audiovisuels. Pourtant, ces avantages ne se sont pas encore tout à fait traduits par la réussite d’exportations plus vaste, particulièrement dans les services qui soutiennent les secteurs traditionnellement robustes au Canada, comme l’industrie minière, les industries extractives et l’agriculture.
Malgré notre expertise dans ces domaines, les services à valeur ajoutée qui pourraient amplifier notre présence mondiale — notamment l’ingénierie, la consultation technique et les solutions numériques conçues sur mesure pour les industries des ressources — restent sous-représentés dans le portefeuille d’exportation du pays. Pour renforcer sa compétitivité, le Canada devrait tourner son attention sur l’expansion des services fournis par voie numérique qui consolident nos forces sectorielles établies. Parallèlement, le Canada devrait aussi résoudre les lacunes persistantes dans la commercialisation de ses PI et dans ses infrastructures numériques. En ancrant la croissance dans des secteurs où le Canada excelle déjà et en affermissant le lien entre innovation et services immédiatement commercialisables, le Canada pourra mieux profiter de la valeur de l’économie numérique mondiale en pleine évolution.
Alors que le commerce numérique se développe, EDC aide les exportateurs canadiens à transformer leurs services fournis par voie numérique en occasions d’affaires mondiales. EDC peut jouer le rôle de coordinateur et de catalyseur au sein de l’écosystème en servant de trait d’union entre les exportateurs canadiens, les partenaires mondiaux et les investisseurs. Elle peut aider ces acteurs à rayonner sur de nouveaux marchés et à réduire les risques. La Société peut aussi soutenir les entreprises du secteur du numérique désireuses de se développer à l’international.
Voici ce qu’EDC vous offre :
- Des perspectives et des renseignements sur les marchés pour trouver des occasions d’affaires numériques mondiales et évaluer votre degré de préparation à l’exportation.
- Des solutions de financement et d’assurance adaptées aux exportateurs axés sur le numérique et les services.
- La création de liens avec des acheteurs internationaux et des partenaires dans l’ensemble du réseau mondial d’EDC.
- Des conseils et du soutien pour vous aider à gérer les risques associés à la propriété intellectuelle, à la gouvernance des données et à la commercialisation.
Pour communiquer avec un conseiller en exportation d’EDC, consultez le Centre aide-export et créez un compte MonEDC.