L’Allemagne, dynamo industrielle de l’Europe, a plusieurs cordes à son arc. Son robuste secteur de la fabrication de calibre mondial ainsi que ses capacités d’innovation et de développement dans une myriade de secteurs – l’automobile, le génie mécanique de même que les produits chimiques, électroniques et pharmaceutiques – sont autant d’atouts qui dynamisent les progrès technologiques, les exportations et la croissance économique de la région. À cela s’ajoutent des mécanismes logistiques réglés au quart de tour et un emplacement central dans l’échiquier commercial. Du fait de son statut de puissance industrielle, l’Allemagne est gourmande en énergie. Pour preuve, elle importe près de 80 % des ressources pétrolières et gazières dont elle a besoin, faute d’un approvisionnement intérieur suffisant.
Ces dernières années, l’Allemagne a fait de remarquables progrès en négociant le virage de la transition énergétique en devenant même une pionnière dans les technologies renouvelables et environnementales. Voici quelques chiffres éclairants : en 2024, son énergie renouvelable pesait pour près de 60 % de la production d’électricité, alors que l’éolien et le solaire éclipsaient pour la première fois les carburants fossiles. L’ambition énoncée dans la stratégie de transition énergétique allemande, l’Energiewende, est de porter ce taux à 80 % à l’horizon 2030.
Or, certains équipements en quantité insuffisante au pays sont nécessaires au bon fonctionnement des éoliennes, des panneaux solaires et des solutions de stockage d’énergie. Voilà pourquoi le pays doit importer la plupart des ressources essentielles comme le lithium, le cobalt, le nickel, le graphite et les terres rares.
Transition énergétique allemande : l’apport essentiel des minéraux critiques du Canada
En Allemagne, les constructeurs automobiles et les fabricants de batteries dépendent presque entièrement des importations, la production intérieure de lithium étant à ses débuts malgré la présence d’immenses gisements. De ce fait, l’Allemagne importe aujourd’hui près de la moitié de son lithium de Chine contre moins de 20 % il y a une décennie... Résultat : le pays est fortement exposé à des perturbations du côté de l’approvisionnement.
En Allemagne, la production de lithium et le recyclage des terres rares restent somme toute limités : le premier ne sera pas économiquement viable avant 2030 alors que le second affiche un taux de recyclage inférieur à 1 %. Le pays a lancé un fonds de 1 milliard d’euros (1,5 milliard de dollars canadiens) afin d’investir dans l’exploitation des matières premières. Parallèlement, l’Allemagne continue de poursuivre les objectifs de l’Union européenne (UE) ayant trait à l’extraction, au traitement et au recyclage. Malgré ces efforts, l’Allemagne aura du mal à atteindre ces objectifs sans recourir à des partenariats internationaux et des chaînes d’approvisionnement intégrées.
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Minéraux critiques : les atouts du Canada
Fort de ses vastes réserves de plusieurs minéraux critiques, de ses capacités de production grandissantes et de ses infrastructures de traitement écoresponsables, le Canada est un allié de l’Allemagne : il peut l’aider à concrétiser ses ambitions industrielles en lui permettant d’accéder à des chaînes d’approvisionnement fiables. Voici certains des minéraux du Canada les plus utiles à l’économie allemande :
- le nickel : 2,2 millions de tonnes, les gisements se concentrant en Ontario et au Manitoba
- le lithium : 930 000 tonnes en tenant compte de la production à la mine Tanco au Manitoba depuis 2021 et de la progression de plusieurs projets dans cinq provinces
- les éléments de terres rares : plus de 15,2 millions de tonnes d’oxydes de terres rares
- le cobalt : production de 5 000 tonnes en 2023, ce qui classe le Canada au quatrième rang mondial
- le graphite: production de 4 261 tonnes en 2023, ce qui hisse le Canada au onzième rang mondial
La Stratégie sur les minéraux critiques du gouvernement du Canada trace la voie à suivre pour accélérer le développement de projets miniers, les activités de traitement et l’aménagement d’infrastructures, le tout dans l’optique de faire du Canada un chef de file dans la sphère des minéraux critiques.
On compte quelques initiatives phares portées par la stratégie fédérale :
- Le Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques, doté d’une enveloppe totale de 500 millions de dollars (dont 300 millions affectés à des projets déjà approuvés), est destiné à soutenir les projets d’énergie propre et de transport vert
- Le prolongement pendant deux ans du crédit d’impôt pour l’exploitation minière, mesure visant à stimuler les activités d’exploration et découverte, dont la valeur totalise 100 millions de dollars
- Les initiatives de développement des infrastructures, de promotion de l’innovation et de mobilisation des collectivités autochtones, notamment par le biais de subventions et de programmes de recherche, dont la valeur totalise 50 millions de dollars
- Le Programme de recherche, développement et démonstration pour les minéraux critiques appuyant le développement de technologies de traitement, financé à hauteur de 192,1 millions de dollars
- Le fonds souverain d’investissement, assorti d’une enveloppe de deux millions de dollars, dont la vocation est de financer des projets de minéraux critiques et de combler le manque de financement aux premières étapes
La Déclaration d’intention commune entre le Canada et l’Allemagne sur la coopération en matière de minéraux critiques d’août 2025 ouvre la voie à davantage de convergence stratégique et, en cela, elle s’inscrit dans le sillage de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne. La déclaration vise à officialiser notre partenariat par la voie de cofinancements et d’arrangements dans le secteur privé. Sa finalité : contribuer à étoffer les capacités intermédiaires et le soutien au secteur européen de la fabrication.
La conclusion : le partenariat sur les minéraux critiques entre le Canada et l’Allemagne, garant de la sécurité énergétique
Pour orchestrer sa transition énergétique, l’Allemagne doit bénéficier d’un accès sûr aux minéraux critiques – et le Canada est particulièrement bien placé pour garantir cet accès. Grâce à ses réserves abondantes, ses capacités de traitement écoresponsables et la solidité de ses liens commerciaux, le Canada peut procurer à l’Allemagne la stabilité dont elle a besoin, tout en attirant des investissements et en créant des emplois, ici au pays.
Et tout le monde y gagne : l’Allemagne sécurise son accès à des ressources cruciales, tandis que le Canada voit s’ouvrir les portes du marché allemand et la perspective d’injection de capitaux d’investissement. Au final, les deux pays peuvent ensemble renforcer leur sécurité et leur compétitivité industrielle, tout en soutenant l’atteinte des objectifs climatiques à l’échelle mondiale. Les minéraux critiques du Canada peuvent jouer un rôle déterminant en aidant l’Allemagne à se rapprocher de ses cibles d’énergies renouvelables.
Nous tenons à remercier chaleureusement Sasan Fouladirad et Hani Wannamaker, analystes au Centre d’information économique et politique d’EDC, pour leur contribution à la présente chronique.
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