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Stuart Bergman

Investissement direct étranger et canadien : baume pour la croissance

Lorsqu’une entreprise canadienne du secteur de la fabrication inaugure de nouvelles installations au Mexique, elle le fait pour mieux servir le marché nord-américain. Et lorsqu’une entreprise européenne investit dans une nouvelle usine dans la belle province, elle apporte des capitaux, son expertise et son réseau international. Si ces investissements semblent à première vue n’avoir aucun rapport entre eux (d’un côté les capitaux sortants et de l’autre les capitaux entrants), ils forment néanmoins deux volets d’un même tableau illustrant la participation du Canada dans une économie mondiale toujours plus interreliée.

Trop souvent, l’investissement étranger est envisagé dans l’optique de flux financiers entrant et sortant d’un pays donné. Or, ce point de vue réduit l’investissement à un simple bilan où les fonds à destination du Canada font figure de gains et ceux  quittant le pays de pertes, une situation qui soulève des inquiétudes pour l’emploi, la production et la croissance. Pourtant, la réalité est plus nuancée.

Les retombées prédominent sur la direction des investissements

L’utilisation de ces fonds, voilà ce qui compte le plus. On peut maximiser leurs retombées en s’intéressant à la manière dont l’investissement – qu’il provienne d’une entreprise canadienne désireuse de rayonner à l’étranger ou d’une société étrangère menant des activités au pays – contribue à accroître les capacités de production, la compétitivité et la portée mondiale du Canada.

Pour les entreprises canadiennes, investir à l’étranger est l’occasion de trouver de nouveaux clients, d’intégrer de nouvelles chaînes d’approvisionnement et de profiter de nouvelles expertises qui facilitent leurs activités au pays. De leur côté, les sociétés étrangères apportent au Canada des capitaux, des technologies et des réseaux mondiaux, autant d’avantages qui ne sont pas donnés d'emblée. À vrai dire, ce qui prime ici est moins la direction de l’investissement que les nouvelles occasions, capacités et relations qui l’accompagnent et qui dynamisent la croissance à long terme.

IDCE : un tremplin pour les exportations et la croissance

L’investissement direct canadien à l’étranger (IDCE) ne consiste pas toujours pour une entreprise d’ici à déplacer son activité économique hors du Canada, mais plutôt à lui donner un rayonnement mondial. En implantant des sociétés affiliées sur des marchés étrangers, elle peut se rapprocher de ses clients, mieux comprendre la réglementation locale et s’intégrer aux chaînes d’approvisionnement régionales. Après tout, les ventes des sociétés affiliées canadiennes à l’étranger sont plus élevées d’environ 70 % que les ventes d’exportation du Canada, et plus diversifiées sur le plan géographique.

Et l’activité de ces sociétés affiliées est souvent source de nouveaux débouchés pour le secteur canadien de l’exportation : services offerts depuis le siège social, intrants spécialisés, et expertise en ingénierie et en gestion. Bref, autant d’atouts qui contribuent à l’emploi et à la recherche et développement, et qui bonifient les recettes fiscales des gouvernements. D’ailleurs, l’analyse de notre équipe en interne révèle que chaque dollar investi à l’étranger génère environ 77 cents en recettes supplémentaires pour le Canada pendant cinq ans.

Or, les retombées de cet investissement ne sont pas toujours manifestes. Le fait d’être exposé à de nouvelles technologies et pratiques commerciales de même qu’à de nouveaux marchés peut aider les entreprises à devenir plus productives et concurrentielles sur le marché intérieur. L’économie mondiale étant toujours plus interconnectée, l’investissement sortant témoigne davantage d’une volonté de participation que de relocalisation, soit celle d’établir des avant-postes sur les marchés porteurs de croissance et de belles occasions. 

Investissement direct étranger (IDE) : son apport à l’économie canadienne 

Les avantages de l’investissement bilatéral sont doubles : sortant, il aide les entreprises d’ici à se mondialiser; entrant, il permet de consolider les assises économiques du Canada. Ainsi donc, lorsque des entreprises étrangères s’implantent au pays ou y intensifient leurs activités, elles apportent le plus souvent des capitaux, mais aussi des innovations technologiques, des pratiques de gestion et un réseau international qui donnent une impulsion à la productivité et ouvrent la voie à de nouvelles possibilités pour les travailleurs et les entreprises au Canada.

Pourtant, ces avantages ne sont pas des acquis. Pour se matérialiser, l’investissement étranger à destination de notre pays doit concourir à augmenter les capacités de production, favoriser l’innovation et forger des liens durables avec les entreprises, les travailleurs et les chaînes d’approvisionnement du Canada. Sa valeur provient non seulement du propriétaire de l’actif, mais aussi de son apport à l’économie canadienne, en l’occurrence des capacités bonifiées, des liens plus étroits et d’une économie mieux disposée pour rivaliser sur la scène mondiale.

IDCE et IDE : vecteurs de consolidation des chaînes de valeur mondiales

Sous cet angle, l’investissement sortant et entrant n’est pas dans une dynamique de rivalité, mais plutôt de complémentarité. De nos jours, une poignée de produits ou de services sont conçus, financés, produits et vendus dans un seul pays. Une entreprise canadienne peut développer un produit au pays, s’approvisionner en intrants sur plusieurs marchés, fabriquer des composants à l’étranger et vendre à des clients aux quatre coins du globe. Ces réseaux interconnectés – ou chaînes de valeur mondiales – sont devenus des éléments essentiels de l’économie moderne. Et il est primordial de participer à ces réseaux pour une raison toute simple : ils sont de plus en plus le point de convergence des connaissances, des technologies, des investissements et des possibilités commerciales.

Pourquoi investir à l’étranger? Pour accéder aux clients et aux talents et profiter d’un positionnement stratégique au sein de ces réseaux. Et pourquoi investir au Canada? Pour profiter de l’expertise, des ressources et des capacités canadiennes. Ensemble, ces flux facilitent l’intégration du Canada à l’économie mondiale et donnent aux entreprises et aux travailleurs canadiens l’occasion de participer à des activités dotées d’une plus grande valeur. Dans le contexte économique actuel, la prospérité du Canada tient moins à sa capacité de conserver des capitaux sur son territoire que d’accéder aux réseaux pouvant faire émerger l’innovation, servir les marchés et de produire de la valeur.

Certains investissements créent plus de valeur

Pourtant, l’investissement en direction  du Canada n’est pas forcément profitable par le simple fait qu’il franchit la frontière. Alors que certains investissements participent à la création d’installations, d’emplois et des partenariats, d’autres servent à transférer la propriété d’actifs canadiens à des intérêts étrangers. De la même façon, l’IDCE n’engendre pas toujours des retombées au pays. Cependant, ces retombées se concrétisent moyennant une stratégie permettant de développer les capacités, de forger des partenariats et d’approfondir les liens avec la main-d’œuvre et les fournisseurs locaux.

Alors, l’investissement enrichit-il le Canada de nouvelles technologies, expertises ou compétences? Est-il un tremplin pour les entreprises canadiennes en quête de nouveaux marchés et de diversification? Renforce-t-il les chaînes d’approvisionnement? Favorise-t-il l’innovation? Dans une économie où les acteurs se livrent concurrence pour obtenir des capitaux, la réussite ne se mesure pas seulement au volume d’investissement, mais aussi à sa conversion efficace en valeur économique à long terme. 

Conclusion : Il faut tirer parti des réseaux et des capacités pour se démarquer

L’IDCE et l’IDE sont deux volets d’un même diptyque, qui dépeint la manière dont le Canada participe et réussit dans l'économie mondiale. Nous vivons sans contredit à l’ère de l’internationalisation des capitaux, des idées et de la production. Plutôt que nous demander s’il convient de privilégier l’investissement entrant ou sortant, il nous faut déterminer si l’investissement renforce le positionnement du Canada dans les chaînes de valeur mondiales en développant les ressources, les réseaux de relations et la productivité nécessaires pour pérenniser la prospérité.

Nous tenons à remercier chaleureusement Jean-François Côté, analyste principal des microdonnées, pour sa contribution à la présente édition.

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Date de modification : 2026-07-23