Et les tensions sont bien réelles. Le continent reste aux prises avec des problématiques de longue date comme les inégalités de revenu, les déficits du capital productif et un fardeau de la dette insoutenable. Parallèlement, aucun nouveau progrès n’a été fait sur les plans de la santé, de l’emploi et de l’éducation en raison de la pandémie, d’une inflation persistante et généralisée, et du spectre d’une récession mondiale. À ce portrait s’ajoute le recul des avancées difficilement réalisées en matière de démocratie à la suite de plusieurs coups d’État et tentatives de coup d’État sur certains marchés, et la montée de l’autoritarisme dans une poignée d’autres.
Ce contexte a des effets notables. Dans plusieurs pays africains, l’investissement – direct, de portefeuille ou sous la forme d’envois de fonds – n’est pas encore revenu aux niveaux d’avant la pandémie. Les tensions ainsi exercées sur les devises ont exacerbé les difficultés engendrées par l’inflation. Certaines devises ont perdu de 20 à 50 % de leur valeur face au dollar en 2022, ce qui a plombé le budget des ménages et des entreprises d’Afrique. Les gouvernements africains n’ont pas été épargnés : les programmes d’aide destinés à amortir le choc de la pandémie et la flambée de l’inflation qui a suivi ont fait s’envoler les coûts de la dette et du service de la dette.
Aujourd’hui, plus de 22 gouvernements africains se trouvent ou risquent fort de se trouver en situation de surendettement, ce qui comprend certains marchés clés jusqu’à tout récemment considérés comme des marchés frontière très attractifs tels que le Ghana, l’Éthiopie, le Kenya et le Nigéria. Il ne faudrait donc pas prendre à la légère la possibilité que des risques systémiques se propagent à tous les secteurs de ces économies.
Pourtant, malgré ces défis, l’Afrique pourrait offrir des débouchés pendant une année qui nous réserve une croissance poussive et même des récessions dans les économies développées. Dans près de la moitié des marchés africains, la croissance prévue dépasse 4 % cette année et l’an prochain; mieux encore, la croissance de certaines économies, notamment du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, devrait compter parmi les plus rapides de la planète.
L’urbanisation massive, attribuable à l’afflux d’une population jeune, éduquée et à l’esprit entrepreneurial, devrait entraîner un déplacement des centres de la demande mondiale. En effet, de 10 à 15 millions de personnes devraient entrer sur le marché du travail chaque année et participer à l’émergence de mégapoles côtières, comme celles qui existent en Chine et en Inde; or, ces mégapoles seront des acteurs de premier plan ayant la capacité de façonner l’économie du 21e siècle. Cette évolution devra s’accompagner d’un niveau correspondant de développement des infrastructures, de construction résidentielle, de distribution alimentaire, d’accès aux biens et aux services de consommation, et bien plus encore.